La 76ème Mostra de Venise s’est donc achevée hier soir au Lido avec la cérémonie du palmarès. Un palmarès qui a pris bien soin de récompenser des films de toutes nationalités, alors que la présence américaine cette année était impressionnant.

De l’avis unanime des festivaliers, les quatre films américains en compétition cette année était d’une qualité remarquable. Or seul l’un d’entre eux, "Joker" de Todd Philipps, se retrouve au palmarès, heureusement pour lui à la plus haute marche du podium puisqu’il décroche le Lion d’Or. "Joker", variation originale sur la genèse de l’ennemi juré de Batman, permet à Joaquin Phoenix de signer une composition inoubliable. Nul doute qu’il figurera parmi les favoris aux  Oscars.

L’autre film incontournable de cette Mostra était une production française, réalisé par un cinéaste juif, polonais et français : "J’accuse" de Roman Polanski. Malgré ses premières déclarations contre le cinéaste âgé aujourd’hui de 86 ans, la présidente du jury Lucrecia Martel a eu l’honnêteté intellectuelle de reconnaître les grandes qualités de ce film sur l’Affaire Dreyfus en lui décernant le Grand Prix du Jury.

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La 76ème édition de la Mostra s’est ouverte hier soir au Lido de Venise avec la projection du nouveau film du grand cinéaste japonais Hirokazu Kore Eda. Un film tourné en France qui s’intitule "La vérité" et qui propose un face-à-face entre deux grandes actrices qui n’avaient encore jamais tourné ensemble : Catherine Deneuve et Juliette Binoche.

La vérité

Catherine Deneuve, Hirokazu Kore-Eda et Juliette Binoche sur le tapis rouge de la Mostra

Dans "La vérité", Catherine Deneuve incarne Fabienne, une grande actrice vieillissante, véritable monstre d’égocentrisme. Fabienne s’apprête à publier ses mémoires, et c’est pour cette raison que sa fille Lumir, jouée par Juliette Binoche, revient la voir à Paris. La fille a mis de la distance entre elle et sa mère, elle vit à New York avec son mari, un comédien de série B, campé par Ethan Hawke. La joie des retrouvailles entre la mère et la fille sera de courte durée, car Lumir supporte très mal que dans son livre de souvenirs, Fabienne se donne en permanence le beau rôle alors qu’elle a été une mère absente et vaniteuse, exclusivement concentrée sur son métier et sur sa gloire personnelle.

Catherine Deneuve a fait preuve d’un courage intellectuel très impressionnant en endossant ce rôle de star narcissique, véritable langue de vipère, qui tord en permanence la vérité pour fuir le réel. Tant à la vision qu’à la conférence de presse, sa composition a été très applaudie. Mais comment a-t-elle travaillé son personnage avec pour guide un cinéaste, Kore Eda, qui ne parle que le japonais ? " L’expérience était très originale, très complexe " a-t-elle avoué. " La première semaine a été un peu plus difficile, il fallait le temps de s’habituer à regarder quelqu’un et à écouter quelqu’un d’autre puisque tout passait par la traductrice de Kore Eda. Mais après un certain temps, quand on pose des questions, on limite les choses à l’essentiel, d’ailleurs il n’y avait pas de bavardage sur le tournage… C’était quand même quelque chose d’assez particulier. Mais sur le visage, avec les expressions, on peut lire quelque chose avant même qu’il fasse des commentaires. Je sentais sur son visage si j’étais dans la bonne direction ou pas. "

Si "La vérité" reste une expérience singulière pour Deneuve, c’est aussi un film singulier pour le spectateur. Certes, il a toutes les apparences d’un film français, et pourtant, il se démarque très nettement de ces psychodrames parisiens que le cinéma hexagonal nous sert à la pelle. Car si le film est verbal, il n’est jamais inutilement bavard : Kore Eda va à l’essentiel, pour raconter ce dialogue mère-fille si difficile. Il a offert une belle ouverture à ce 76ème festival de Venise.

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L'auteur belge le plus connu et lu dans le monde, Georges Simenon, né à Liège le 12 février 1903, est décédé à Lausanne il y a trente ans, dans la nuit du 3 au 4 septembre 1989. A cette occasion, Murielle Wenger, enseignante dans une autre vie mais qui consacre désormais l'essentiel de son temps à étudier l'oeuvre de Simenon, publie aux éditions Luc Pire une "Enquête sur le commissaire à la pipe".

Murielle Wenger assure notamment la cogestion du blog international Simenon-Simenon tout en contribuant aux "Cahiers" diffusés par l'Association des "Amis de Simenon". Il lui aura fallu plus de quinze ans d'une recherche minutieuse pour réunir en douze chapitres l'univers du commissaire Jules Maigret, homme apparemment bourru, pudique, mais qui ne manque pas d'humour et qui est entré dans la légende avec, outre ses pipes, son incontournable pardessus, ses petites manies, son domicile situé boulevard Richard-Lenoir ou encore son bureau au mythique quai des Orfèvres.

Et puis il y a aussi la très discrète et peu féministe Madame Maigret, ses fidèles collaborateurs, Lucas, Janvier, Torrence et Lapointe, l'inspecteur Lognon, une sorte d'anti-Maigret, les hommes de laboratoire que sont Moers et le docteur Paul, son ami, le docteur Pardon, et une panoplie de personnages aussi divers que (souvent) pittoresques.

Avec Maigret, on apprend à repérer les rues et les ponts de la capitale française, à découvrir des bistrots et cabarets enfumés et typiques où il ne refuse en général pas de "prendre un verre" de bière, de vin, de prunelle, de calvados, de cognac ou d'armagnac, le whisky et le champagne, trop "élitistes" n'étant pas... sa tasse de thé.

Le personnage de Maigret serait né à bord du bateau de plaisance l'Ostrogoth que Simenon avait amarré au printemps 1930 à Morsang-sur-Seine, non loin de Paris. D'autres font remarquer toutefois qu'il avait déjà entamé l'écriture de "Pietr le Letton", le premier roman de la série des Maigret, au cours de son périple "à travers canaux et rivières" entamé en 1929.

Georges Simenon a sans conteste rénové le genre du roman policier en accordant une place prépondérante à l'analyse psychologique et par une approche, à la fois réaliste et poétique, d'un lieu, d'un personnage ou d'un milieu social.

L'écrivain débuta à l'âge de 16 ans à la "Gazette de Liège", où il est chargé d'alimenter la rubrique des faits divers tout en y publiant de nombreux contes. Il s'établira à Paris en 1922 et va parcourir l'Europe et l'Afrique, publiant de grands reportages.

De 1945 à 1955, il vivra en Amérique du Nord, aux Etats-Unis et au Canada, pour revenir par la suite en Europe et plus précisément en Suisse romande, notamment à Lausanne à partir de 1957.

A ses débuts, il publiera un millier de contes légers destinés à des publications galantes ou humoristiques et quelque 200 romans tout aussi légers, presque de gare et peu onéreux, caché sous 17 pseudonymes dont le plus connu est celui de Georges Sim. A partir de 1932, il se lancera vraiment dans le roman policier et inventera le personnage du commissaire Maigret qui oeuvrera dans le cadre de 103 enquêtes, 75 romans et 28 nouvelles. Pour décor : 1.800 lieux de par le monde.

"Maigret" sera publié d'abord aux éditions Fayard, mais celles-ci ne laisseront pas le champ libre à Simenon pour présenter d'autres ouvrages plus littéraires. L'auteur se tournera alors vers Gallimard qui ne diffusera que quelques aventures du commissaire à la pipe et notamment "Maigret revient", comme pour justifier l'absence relative de ce dernier. Enfin, Simenon rencontrera l'éditeur Sven Nielsen qui venait de fonder Les Presses de la Cité, qui contribueront à faire de Maigret un personnage légendaire.

Le commissaire Maigret prendra vie sur grand écran sous les traits de Jean Gabin, Charles Laughton, Albert Préjean, Michel Simon et Heinz Rühmann. En télévision, le rôle sera dévolu à Jean Richard, Bruno Cremer, Jan Teulings, Michael Gambon, Gino Cervi et récemment à Rowan Atkinson, alias Mr. Bean.

 

Une archive INA

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