C’était l'un des temps forts de la campagne européenne. Ce mercredi soir, les candidats à la présidence de la Commission européenne se sont retrouvés pour débattre au sein du Parlement européen à Bruxelles.

Au coeur de l'hémicycle,

  • Le Belge Nico Cué, de la Gauche européenne (GE)
  • L’Allemande Ska Keller, du Parti vert européen (PVE)
  • Le Tchèque Jan Zahradil, de l’Alliance des conservateurs et réformistes européens (ACRE)
  • La Danoise Margrethe Vestager, de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE)
  • L’Allemand Manfred Weber, du Parti populaire européen (PPE)
  • Et le Néerlandais Frans Timmermans, du Parti socialiste européen (PSE).

Un débat courtois

Pas de coup bas, pas de phrases assassines, lors de ce débat dont le ton est resté courtois de bout en bout. Migration, emploi, changement climatique, politique extérieure, montée des populismes : un débat de fond, sur les principaux thèmes de la campagne, mais où les divergences étaient manifestes. Et où l'on aura finalement pas abordé la question de la future présidence de la Commission européenne.

La migration

L’UE peut-elle trouver une solution commune au problème de la migration ? La plupart des candidats ont défendu le principe de solidarité européenne, excepté le Tchèque Jan Zahradil, fermement opposé à la politique des quotas. Pour lui, « il faut respecter le droit souverain des Etats membres. »

Margrethe Vestager a plaidé pour un système d'asile commun basé sur la solidarité. « Il faut le faire ensemble, sinon nous échouerons. »

Ska Keller soutient elle aussi fermement la solidarité européenne. « Ce qui est inacceptable », dit-elle, « c'est qu'aujourd'hui, des gens se noient en Méditerranée. Il faut des efforts de sauvetage européens ».

Pour Frans Timmermans, le sort de l’Europe est lié à celui de l'Afrique. « Il faut des accords avec les pays tiers mais aussi de la solidarité au sein de l'UE. »

Manfred Weber souhaite renforcer le contrôle de Frontex, pour assurer le contrôle des frontières,  « tout en assumant notre responsabilité humanitaire. »

Lui-même fils d'immigré, Nico Cué estime que l'immigration est une chance et que les migrants peuvent contribuer au bien-être de l'Europe.

L’emploi

D’emblée, le Tchèque Jan Zahradil plaide pour des « solutions sur mesure » pour répondre aux différentes situations nationales en matière d’emploi.

Réplique de Manfred Weber: « Si on avait appliqué la même mesure sur les fonds structurels aux nouveaux Etats membres, la République Tchèque n'en serait pas là où elle est maintenant. »

Même son de cloche du côté de Margrethe Vestager :  « L'UE peut agir, mais en communion avec les Etats membres. »

Pour l'écologiste Ska Keller, l'austérité a fait beaucoup de dégâts auprès des jeunes.  « Il faut commencer par investir dans l'économie verte », estime-t-elle, afin de favoriser une transition sociale de notre économie.

Nico Cué lui plaide pour un renforcement des contrats à durée indéterminée au sein de l'UE.

Le changement climatique

Seul moment un peu tendu de ce débat, les discussions sur le changement climatique. En particulier, lorsque Manfred Weber affirme que son parti, le PPE, est à l'origine de toutes les législations en faveur du climat. Affirmation vivement contestée par l’écologiste Ska Keller. « Certains parlent du climat. Nous, nous voulons agir », martèle-t-elle.

Frans Timmermans propose la mise en place d’une taxe sur le kérosène ainsi qu’une taxe sur le CO2 pour les entreprises. « C'est possible si les Etats membres nous aident », estime-t-il.

 « Ne fixons pas des objectifs irréalistes », déclare Jan Zahradil. « Respectons les engagements des accords de Paris. Par ailleurs, il faudrait revoir les subventions de la PAC afin de subventionner davantage les petites exploitations. »

Nico Cué lui déplore que l’on ne s'attaque pas aux gros pollueurs. « Par contre, je suis opposé à la taxation des citoyens les plus faibles comme le fait Macron en France. C'est inacceptable. »

La fiscalité et les multinationales

Sur ce thème, les candidats étaient sur la même longueur d’ondes : il faut taxer les géants du numérique. Mais peu de pistes concrètes de solutions sont proposées.

Margrethe Vestager: « Il y a beaucoup de travail à accomplir. Il faut taxer le numérique. Certains y échappent et d’autres paient. C’est injuste. Il faut une équité fiscale. »

Ska Keller: « Il est essentiel de créer une équité fiscale. Taxer les entreprises numériques qui échappent à la fiscalité. Il faut de la transparence. »

Frans Timmermans « Il faut un niveau d’imposition plancher dans l’Europe. Certaines entreprises ne paient pas d’impôts. »

Mais pour Jan Zahradil, la fiscalité, ce n’est pas l’affaire de l’Europe : « les Etats ont le droit de taxer les entreprises mais l’Union européenne n’est pas un Etat. Il faut un échange d’informations pour que les entreprises paient leurs impôts, mais il faut que cela se passe au niveau national. »

« La lutte contre les paradis fiscaux, on est d'accord là-dessus », déclare enfin Manfred Weber, « mais la question c'est 'comment procéder ?' Dans certains domaines fiscaux, il faudra passer de la règle de l'unanimité à la règle de la majorité. » 

Politique extérieure

Quelle est la place de l’UE face aux Etats-Unis et à la Chine ? Il faut une Europe plus forte, un avis partagé par plusieurs candidats.

Pour Margrethe Vestager, l’Europe doit être bien plus confiante et plus dure. « Nous sommes le plus grand bloc économique du monde. Il faut peut-être une Europe un peu plus dure aussi. Pour défendre nos pays s’ils font face à une concurrence déloyale. »

« Nous sommes unis, mais si certains dirigeants en Europe sont les meilleurs amis de Trump ou de Poutine, comment créer l’unité ? », se demande Frans Timmermans. « C’est la première fois qu’un président américain préfère une Europe faible. Nous devons être unis, fermes face à Trump ou Poutine. Sans ça, c’est eux qui définiront l’avenir, et ça, nous ne pouvons par le tolérer. »

Manfred Weber renchérit : « Nous avons beaucoup de points communs avec les USA mais ce qui se passe à la Maison Blanche n’est pas notre façon de faire de la politique. Donc nous avons besoin d’être unis et forts. Nous devons passer à la majorité qualifiée : la seule façon de prendre des décisions et de mener une vraie politique extérieure. » Et de regretter qu’il a fallu 4 semaines à l’UE pour prendre une position commune sur le Venezuela. « Ce n’est pas l’Europe dont je rêve. »

Faut-il encourager les traités de libre-échange ? Jeu de ping-pong entre la gauche et la droite.

Jan Zahradil, en fervent défenseur, avance que « le commerce est principal moteur de la croissance économique. Il faut plus d’accords de libre-échange », estime-t-il, «  en particulier avec l’Asie. C’est là que se trouve l’avenir du monde. »

A l'opposé, Nico Cué, dénonce ces traités car « dans la pratique, on diminue les normes sociales et environnementales pour mettre en place ces pratiques commerciales. »

Pour Manfred Weber« 36 millions d’emplois dépendent des échanges commerciaux. Je ne comprends pas pourquoi les partis de gauche ne veulent pas dire oui au commerce pour améliorer le monde. »

De son côté Ska Keller estime que « le commerce peut jouer un rôle important, mais il doit être un moyen servant une fin, pas une fin en soi. »

L’euroscepticisme

Dernier thème de la soirée : la montée de l’euroscepticisme et des populismes. Comment l'expliquer et la contrer ?

Frans Timmermans fait son mea culpa : « Si certains qui, autrefois, votaient pour notre parti, votent aujourd’hui pour des partis extrémistes, c’est notre faute. » Et de pointer les divisions politiques au sein de l’UE. « Nous avons une responsabilité collective. Il faut créer une unité européenne afin de résoudre problèmes auxquels nous serons confrontés à l’avenir. »

Nico Cué pointe du doigt les politiques d’austérité de l’UE : « L’unité européenne est menacée parce que nous avons mené une politique d’austérité. » Pour lui, on a créé un « malaise tel que les gens pensent qu’ils seront mieux en se réfugiant dans leur nation. »

Manfred Weber épingle deux éléments importants : « Nous devons rendre l’Europe démocratique. Et nous avons besoin de mécanismes pour défendre nos valeurs. Il faut que les Etats qui ne respectent pas l’Etat de droit soient sanctionnés financièrement. »

Enfin, pour Jan Zahradil, l’explication réside dans le fait que « beaucoup de gens ont le sentiment que l’UE s’immisce dans leur vie quotidienne. Je suis pour l’intégration européenne. Mais pour une Europe qui fasse moins mais mieux. Plus d’Europe n’est pas la panacée à tous les problèmes. Par exemple, 90% des Tchèques veulent rester UE mais 75% ne veulent pas adopter l’euro. »

Annick Capelle, RTBF

Près de quatre Européens sur 10 (43%) estiment que la montée des partis populistes sur le continent est une menace pour le fonctionnement de l'Union européenne, selon un sondage de l'institut Yougov réalisé pour l'alliance européenne de journaux (LENA) dont Le Soir fait partie et publie les résultats lundi, à moins de deux semaines du scrutin européen.

 

Cette forte majorité est exactement la même si on ne tient compte que des Belges sondés. C'est en Allemagne (56 %) et en Suède (48 %) que l'on trouve le plus de sondés inquiets par rapport à cette menace. Au contraire de la Hongrie (33 %) ou de l'Italie (36 %).

Selon ce sondage, la moitié des Européens en âge de voter (49%) considèrent que les élections européennes du 26 mai prochain sont cruciales pour le futur de l'Union européenne. Et 61 % des sondés pensent également que c'est une bonne chose que leur pays soit membre de l'Union. En outre, 68% des Européens interrogés (64 % de Belges) pensent que l'UE existera toujours dans dix ans.

Les répondants citent l'immigration extraeuropéenne, le climat, puis la dimension paix/sécurité comme priorités qui doivent être traitées au niveau européen plutôt qu'au niveau national.

Le sondage a été mené dans huit pays de l'Union (la Belgique, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et la Pologne, auxquels ont été ajoutées la Suède et la Hongrie), soit des pays totalisant quelque 320 millions de citoyens européens, 62 % de la population de l'UE.

Après bientôt six mois de mobilisation, le mouvement des « gilets jaunes » semble s’essouffler avec un acte 26 qui peine à mobiliser, même à Lyon ou Nantes censés être les épicentres nationaux du jour.

A Lyon ou Nantes, les cortèges ont réuni moins de 2500 personnes chaque fois selon l’AFP et des sources sécuritaires, dans une ambiance qui s’est rapidement tendue.

A Nantes

Des heurts ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre samedi après-midi à Nantes à l’occasion de la 26e journée de mobilisation des « gilets jaunes », a constaté une journaliste de l’AFP présente sur place.

Plusieurs milliers de personnes, dont Maxime Nicolle, dit « Fly Rider », avaient commencé à défiler samedi après-midi à Nantes, d’abord dans le calme. Ils étaient 2200 à manifester dans les rues de la préfecture de Loire-Atlantique, d’après une source policière.

Puis, vers 15h00, une équipe de la Brigade anticriminalité (BAC) a traversé une rue et a été victime de jets de projectiles par des manifestants, conduisant à une intervention des forces de l’ordre et des tirs de LBD.

Un journaliste reporter d’images (JRI) de la chaîne d’information CNews a dit avoir été touché par un tir de LBD et a été pris en charge par des « street medics » (secouristes de rue). « J’ai reçu un tir de LBD au niveau du bas-ventre, je vais bien car ma ceinture abdominale a permis d’atténuer le choc », a dit Stéphane Perrier à l’AFP.

A la fin de la manifestation, suite à l’usage de gaz lacrymogènes, le cortège s’est éparpillé le long de la Loire, avec à nouveau des heurts et des dégradations de mobilier urbain. Parmi les slogans que l’on pouvait lire sur les banderoles, « les vrais casseurs sont en costard ».

Un photographe de l’AFP a également constaté l’interpellation de deux manifestants par la BAC.

Le préfet de Loire-Atlantique Claude d’Harcourt avait dit dans la semaine redouter « le rassemblement de 500 membres de l’ultragauche » lors de la manifestation. Il avait indiqué la présence « d’un niveau de forces de l’ordre inédit », sans en préciser les effectifs, dans une des villes françaises où la fronde des « gilets jaunes » a été l’une des plus importantes.

Et à Lyon

La manifestation s’est tendue samedi en milieu d’après-midi à Lyon, avec des jets de projectiles sur les forces de l’ordre qui ont riposté par de nombreux tirs de gaz lacrymogènes, a constaté un journaliste de l’AFP.

Au moins dix policiers et gendarmes ont été blessés, des blessures allant jusqu’à la fracture, selon la préfecture, qui estime que « la manifestation est gangrenée par des casseurs violents ».

L’AFP a elle comptabilisé au moins un blessé du côté des manifestants, a priori un nez fracturé.

La gendarmerie mobile et les CRS encadraient de très près la tête du cortège et étaient visés par des jets de bouteilles, pierres ou pétards.

En conséquence, les autorités ont décidé d’empêcher la manifestation de pénétrer dans des rues commerçantes comme le prévoyait le parcours initial, précise encore la préfecture. Vers 17h30, la manifestation semblait en cours de dispersion.

Quelque 2500 personnes ont manifesté dans Lyon samedi, censé être avec Nantes les épicentres nationaux du jour. Trois interpellations préventives avaient été effectuées plus tôt dans la journée, concernant des personnes qui possédaient des « armes par destination ». Et une arrestation a eu lieu pour jet de projectiles.

Baisse de motivation

L’acte 25 avait été le moins suivi depuis le début du mouvement le 17 novembre puisqu’il avait réuni moins de 19.000 manifestants dans l’Hexagone selon les autorités, plus de 40.000 pour les organisateurs. Des chiffres bien inférieurs à ceux du 1er mai ou de la mobilisation des fonctionnaires jeudi.

« Tant en nombre qu’en motivation, ça n’a rien à voir avec les manifs du début, ça a marché un temps mais il y a de la lassitude. Aussi, beaucoup de gens ont peur des violences policières », reconnaît Mo, un Bordelais de 32 ans et militant La France Insoumise.

« Il va falloir repartir sur les ronds-points et penser à d’autres actions. Cet été, on pourrait peut-être aller sur les parkings des plages », propose-t-il.

A Paris, la manifestation, dans le calme, avait été placée sous le signe du « soutien aux enseignants » et contre la loi Blanquer.

L’accès aux Champs-Élysées avait été fermé au sein d’un périmètre d’interdiction comprenant le palais présidentiel et l’Assemblée nationale, de même que le secteur de Notre-Dame.

AFP

Les Vingt-Sept ont fait preuve dans la nuit de mercredi à jeudi d'une "très grande unité" pour proposer la nouvelle date limite du Brexit au 31 octobre, a affirmé le Premier ministre belge Charles Michel au terme d'un sommet extraordinaire à Bruxelles.

La différence de points de vue s'est seulement marquée sur la manière d'atteindre l'objectif d'une réduction du risque d'un Brexit dur, entre partisans d'un report long ou court, a assuré le chef du gouvernement belge.

Une réunion sereine

"Il n'y a certainement pas eu d'irritation contre personne, ce fut une réunion sereine", a-t-il répondu aux journalistes, alors que le président français Emmanuel Macron avait adopté une ligne relativement dure pour s'opposer à un long report pourtant défendu par une majorité d'Etats membres.

Le délai maximal du 31 octobre a été choisi en référence à l'installation attendue de la nouvelle Commission européenne, le lendemain 1er novembre. Elle est aussi fondée sur l'expérience du passé: certains pays - comme la Belgique en 2014 - ont éprouvé des difficultés à désigner rapidement leur commissaire européen, a rappelé le Premier ministre.

Charles Michel s'est réjoui des garanties inscrites dans les conclusions du sommet pour réduire les risques de perturbation des institutions européennes par les autorités britanniques.

"Des informations techniques et juridiques apportées par la Commission ont montré que les possibilités pour le Royaume-Uni de prendre en otage les institutions de l'Union sont très réduites. Mais nous devrons rester attentifs", a-t-il commenté.

Il relève notamment l'engagement de coopération loyale exigé du Royaume-Uni dans les traités ainsi que la possibilité pour les Vingt-Sept de discuter sans Londres de sujets qui entreront en vigueur après la date du Brexit, comme le budget pluriannuel ou l'avenir de l'Union.

La Première ministre britannique Theresa May a estimé, dans une vidéo publiée dimanche, que parvenir à un accord dans les discussions sur le Brexit entre le gouvernement et l'opposition nécessiterait "des compromis des deux côtés". Une déclaration qui intervient alors qu'hier la première ministre anglaise expliquait qu'il y avait maintenant un choix clair à effectuer

 

"Il y a beaucoup de choses sur lesquelles je suis en désaccord avec le Parti travailliste, mais sur le Brexit, je pense qu'il y a certains points sur lesquels nous pouvons nous mettre d'accord", a déclaré la dirigeante conservatrice.

Son gouvernement est engagé depuis mercredi dans des tractations avec le Labour pour tenter de trouver un accord susceptible d'être adopté par le Parlement afin de concrétiser la sortie du Royaume-Uni de l'UE. Celle-ci a déjà été retardée une première fois en mars, et pourrait l'être une deuxième fois la semaines prochaine.

"Peut-on trouver une solution qui nous assure un bon accord accepté par le Parlement ? Cela nécessitera des compromis des deux côtés", a souligné Theresa May dans une vidéo d'un peu plus de deux minutes, qui la montre assise sur un canapé du château de Chequers (nord-ouest de Londres), la résidence de campagne des premiers ministres britanniques.

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Theresa May
 
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Let me explain what's happening with Brexit.

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Les députés britanniques ont rejeté trois fois l'accord de retrait négocié entre Londres et Bruxelles, et "je ne les imagine pas l'approuver en l'état actuel des choses", a souligné Mme May.

"C'est pourquoi nous cherchons de nouvelles méthodes, une nouvelle approche, pour trouver un accord au Parlement, et cela implique des discussions transpartisanes", se justifie la cheffe du gouvernement, alors qu'une partie de son camp a critiqué avec virulence sa main tendue à l'opposition.

Le Labour souhaite maintenir le Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE après le Brexit, ce que les eurosceptiques du Parti conservateur et le gouvernement refusent au motif que cela empêcherait Londres de mener une politique commerciale autonome vis à vis des pays tiers.

En attendant de trouver un terrain d'entente avec les dirigeants européens, Theresa May a réclamé cette semaine un nouveau report de la date du Brexit : initialement fixée au 29 mars, puis décalée au 12 avril, Mme May souhaite désormais la reporter au 30 juin.

Un Conseil européen exceptionnel consacré au Brexit se réunira le 10 avril.

Theresa May réunit lundi matin son gouvernement à l'entame d'une semaine stratégique pour le Brexit, qui pourrait voir le Parlement britannique dicter ses desiderata sur le processus de sortie de l'UE face à une Première ministre aux abois.

Cette semaine aura également une forte valeur symbolique pour les partisans du Brexit, puisque c'est vendredi, le 29 mars, à 23H00 GMT, que le Royaume-Uni aurait théoriquement dû quitter le giron de l'Union européenne, un peu moins de trois ans après le référendum du 23 juin 2016.

Mais faute d'avoir pu rallier les députés britanniques derrière l'accord de divorce qu'elle a péniblement négocié avec Bruxelles, Theresa May s'est vu contrainte de demander aux dirigeants de l'UE un report de cette échéance historique, fixée désormais au 12 avril au plus tôt, date qui doit encore être validée par le Parlement.

Considérablement affaiblie par cette séquence, la dirigeante britannique hésite désormais à représenter immédiatement ce Traité de retrait de l'UE, destiné à mettre en oeuvre un Brexit en douceur, au vote des députés. D'autant que ces derniers l'ont déjà recalé à deux reprises.

"Nous le représenterons quand nous serons sûrs d'avoir (le soutien nécessaire)", a souligné dimanche le ministre chargé du Brexit, Steve Barclay, sur la BBC.

Que veulent les députés?

Dimanche, Theresa May a réuni plusieurs membres de son gouvernement dans sa résidence de campagne de Chequers pour de "longues discussions" consacrées, notamment, à ce problème, a indiqué un porte-parole de Downing Street.

Figuraient parmi les invités plusieurs Brexiters influents, dont l'ancien ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, et Jacob Rees-Mogg, président de l'European Research Group, un groupe de députés partisans d'une sortie de l'UE sans concession.

Selon plusieurs commentateurs politiques, certains Brexiters auraient à cette occasion tenté de négocier leur soutien à l'accord en échange d'une démission prochaine de la Première ministre.

Un troisième rejet du texte pourrait être le coup de grâce pour une Theresa May en pleine crise d'autorité.

Critiquée de tous côtés pour sa gestion du Brexit, la dirigeante a pu voir une liste de ses potentiels successeurs longuement discutée dans les médias britanniques ce week-end.

Avant de constater lundi matin que le tabloïd The Sun souhaite lui aussi qu'elle annonce sa démission, pour donner à son accord une chance d'être approuvé.

En attendant ce vote, les députés se prononceront lundi sur un amendement parlementaire destiné à organiser une série de votes indicatifs.

Concrètement, cet amendement leur offrirait la possibilité de donner leur avis sur plusieurs options: maintien dans le marché unique, nouveau référendum voire même annulation de la sortie de l'UE.

Selon Sky News, l'exécutif pourrait lui-même proposer un texte similaire, histoire de garder la main sur le processus.

"D'une façon ou d'une autre, le Parlement aura l'occasion cette semaine de décider ce à quoi il est favorable, et j'espère qu'il saisira cette occasion", a déclaré le ministre des Finances, Philip Hammond.

Risque de "conflit constitutionnel" Mais cette option n'est pas sans danger pour l'exécutif en raison des tensions qu'elle pourrait susciter, les eurosceptiques craignant que le Parlement n'en profite pour prendre le contrôle du Brexit, et en dénaturer la substance.

Brexiter convaincu, Steve Barclay a mis en garde sur la possibilité que le Parlement finisse par "donner des ordres" à l'exécutif, y voyant un risque de "conflit constitutionnel" susceptible de déclencher in fine de nouvelles législatives.

Anticipant de leur côté un possible rejet de l'accord de Brexit, les dirigeants de l'UE ont eux donné à Mme May le choix: soit l'accord est voté et le Royaume-uni effectue une sortie ordonnée de l'UE, avec un court report fixé au 22 mai, soit l'accord est rejeté et Londres aura jusqu'au 12 avril pour décider d'organiser des élections européennes, et demander un nouveau report.

Sinon, ce serait une sortie sans accord, et sans transition, un scénario redouté par les milieux économiques.

Avant cette semaine cruciale, des centaines de milliers de personnes ont défilé samedi à Londres pour réclamer un nouveau référendum.

La pétition en ligne demandant au gouvernement de renoncer au Brexit continuait elle de rencontrer un succès spectaculaire après avoir franchi dimanche soir la barre des cinq millions de signatures.

The Guardian

Source de tracas pour la classe politique, le Brexit l'est aussi pour les sujets de sa Majesté, quatre Britanniques sur dix ayant ressenti de la colère, de l'impuissance ou de l'inquiétude à l'approche de cette échéance, selon un sondage publié vendredi.

Dans le détail, 43% des personnes interrogées disent avoir ressenti de l'impuissance, 39% de la colère, 38% de l'inquiétude et 17% de hauts niveaux de stress au cours des 12 derniers mois, indique cette enquête réalisée pour le compte de l'Association pour la santé mentale auprès de quelque 1.800 personnes.

Un peu plus du quart des sondés (26%) affirment en revanche ne pas avoir été affectés par la sortie prochaine de l'UE, malgré la possibilité d'un retrait sans accord au 29 mars, une option particulièrement redoutée par les milieux économiques. Le Brexit est par ailleurs loin de susciter un enthousiasme débordant: ils ne sont que 9% à y voir un motif d'espoir, 3% un motif de réjouissance, et ne sont que 2% à avoir confiance dans la suite du processus.

"Il ressort clairement de notre sondage que l'environnement politique, Brexit oblige, a un impact sur le bien-être de millions de personnes", déclare Mark Rowland, directeur de l'Association pour la santé mentale, dans un communiqué. "Mais même si certains de ces résultats peuvent être inquiétants, il y a aussi de bonnes nouvelles: malgré l'incertitude ambiante, la plupart des gens semblent capables de gérer la situation et un quart d'entre eux ont déclaré que le Brexit ne leur avait pas fait ressentir d'émotion particulière".

L'étude montre aussi que le Brexit peut être à l'origine de différends familiaux, pour 19% des sondés. Géographiquement, "plus vous vous rapprochez de Londres", qui avait voté en majorité pour rester dans l'UE lors du référendum du 23 juin 2016, "plus les gens sont inquiets. Malgré le fait que l'impact du Brexit sera probablement moindre sur les zones métropolitaines", a également indiqué M. Rowland, interrogé par l'AFP.