Les Plannings Familiaux tirent la sonnette d'alarme: "Il est temps de refinancer"

 

En France la situation est critique. Les plannings familiaux français font face à de telles difficultés qu’ils n’arrivent plus à distribuer des préservatifs gratuits à leurs bénéficiaires

Ils tirent aussi aujourd’hui la sonnette d’alarme en lançant une campagne sur les réseaux sociaux. Une plateforme de témoignage a été mise en place, intitulée "Capotes on est à sec !". Elle est accompagnée du hashtag #NiqueSansPanique.

Via cette plateforme, les plannings français espèrent recueillir des témoignages d’associations, mais également du secteur professionnel comme les infirmeries scolaires, par exemple ou encore de bénéficiaires.

En Belgique, la situation est similaire, mais plus nuancée

Les différentes fédérations des plannings familiaux annoncent avoir de plus en plus de mal à aider les bénéficiaires et à réaliser leurs missions, pourtant importantes, auprès d’un public jeune notamment. La situation est différente en fonction des régions, c’est en Wallonie que les centres ont le plus de difficultés.

En 2014, la région wallonne décide de fusionner le budget spécifique alloué aux contraceptifs avec l’enveloppe globale. Une enveloppe désormais fermée. Mais depuis, les fédérations expliquent que certains centres ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. " Depuis 5 ans, nous faisons face à de plus en plus d’obligations, sans que des subsides supplémentaires ne soient alloués", nous explique Aurélie Piessens, chargée de mission politique à la fédération laïque des centres de planning familiaux. "L’e-Santé par exemple, c’est une disposition fédérale. On nous demande de renouveler notre parc informatique, de former nos employés… Mais sans qu’aucun euro supplémentaire ne soit alloué", ajoute Aurélie Piessens.

Pour Emilie Saey, directrice de la fédération pluraliste des centres de plannings, le manque de moyens empêche le bon fonctionnement des centres : " Il est impossible aujourd’hui pour les plannings familiaux de réaliser tous les projets qu’ils s’étaient engagés à faire, où d’accepter toutes les missions qu’on leur demande. Par exemple, pour une école qui demande un animateur et une journée d’animations."

"Pas grand-chose n’a bougé entre 2013 et 2019, malgré le protocole d’accord entre ministres, on n’a pas vu grand-chose se débloquer, mis à part à Bruxelles où il y a eu de l’argent spécifiquement pour les animations", explique Emile Saey.

Pas de pénuries de contraceptifs chez nous, grâce à "la débrouille"

En Belgique, on ne parle pas de pénurie. Puisque les centres de planning s’organisent autrement que grâce aux subsides : "En 2017, nous n’avions plus de préservatifs, on avait écoulé le stock. On a donc fait une demande facultative à la Région Wallonne pour pouvoir acheter de nombreux préservatifs mais la demande a été tout simplement rejetée par la ministre Alda Gréoli.", nous explique Emilie Saey, directrice de la fédération des Centres Pluralistes de Planning Familial.

 "On achète donc sur fonds propres nous-même les préservatifs, que l’on revend aux centres ensuite, à prix réduit. Il ne nous reste qu’une ou deux boîtes des stocks réalisés en 2017. Donc on va devoir recommander des préservatifs, sur fonds propres, une nouvelle fois", explique la directrice.

"C’est donc la fédération qui porte, entre autres, le prix de la contraception, pour la région wallonne, dans les centres pluralistes", ajoute-t-elle.

Les préservatifs, mais aussi l’ensemble des contraceptifs seraient désormais pris en charge, au moins en partie, par les fédérations. "Nous avons mis en place une centrale d'achat qui permet aux centres d'obtenir les contraceptifs à prix réduits", explique Aurélie Piessens. "Mais ça ne touche pas que les contraceptifs, toute la situation générale est assez compliquée", ajoute-t-elle.

Les centres ont la liberté de répartir comme ils le veulent

Contacté par nos soins, l'AVIQ (l'Agence pour une une Vie de Qualité), en charge des Plannings Familiaux nous explique que c'est aux centres de gérer leur enveloppe.

"Depuis la modification du mode de financement, nous appliquons une politique du forfait. Les centres nous ont communiqué leurs besoins en 2014", explique Jean-Marie Gerckens, Inspecteur Général de l'AVIQ. "C'est à eux de répartir leurs moyens en fonction de leurs actions. Nous avons obtenu, en plus de l'indexation, 1% supplémentaire l'année dernière. C'est déjà mieux que certains autres secteurs." En ce qui concerne les frais supplémentaires dus aux nouvelles réglementations: "Le RGPD c'est une décision européenne, l'E-santé c'est fédéral. Ce n'est pas la Région wallonne qui les ont mise en place", explique Jean-Marie Gerckens.

Les fédérations concèdent qu'elles ont reçus ces indexations mais qu'elles ne couvrent pas les frais. A l'AVIQ, on comprend les difficultés: "Je concède que nous avons obtenu ce 1% supplémentaire et nous pensions que c'était déjà une belle victoire, mais je concède que c'était sans révision des situations des centres et de leurs obligations."

Aujourd'hui la situation des centres de planning familial est de toute façon gelée, en attendant la formation d'un nouveau gouvernement wallon. Les fédérations et les centres, espèrent un refinancement dans les prochaines années. Les deux responsables des fédérations nous le confirment, si un refinancement n’est pas acté lors de la prochaine législature, certains centres devront mettre la clé sous le paillasson.

Maïté Warland avec Simon Breem,rtbf.be