CAP 48 : le patron d'Olivier a créé un nouveau poste suite à son accident

Il y a deux ans, Olivier Delire a connu un grave accident de vélo et se déplace désormais en chaise roulante. Depuis, il lui est impossible de reprendre son ancien poste d’électromécanicien pour grue. Son employeur a créé un poste adapté pour qu'il puisse réintégrer l'entreprise. Une chance alors que des dizaines de personnes handicapées sont victimes de discrimination à l'emploi chaque année.

Tout a basculé le 17 mai 2017. "C’était le jour de la fête des mères" se souvient Olivier. "C’était un dimanche matin, on était parti en balade à vélo mon père et moi. En roulant, je suis parti en arrière et je suis tombé sur mon dos. Quand j’ai voulu me relever, j’ai senti que je ne pouvais plus bouger les jambes. Et c’est là que j’ai compris. Ça n’a pas été simple, ça a été beaucoup de larmes, de cris, de douleurs… en attendant que l’ambulance arrive". Olivier est alors transféré à la Clinique Saint-Pierre d'Ottignies où il est opéré en urgence. Une de ses vertèbres est totalement brisée.

"La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est mon boulot! Comment je vais faire? Il faut que j’appelle mon chef. Et le lendemain matin à la première heure, je l’ai appelé".

Quand Christophe Dedocq reçoit un appel ce lundi-là, il est stupéfait : "On ne s’y attend pas mais à ce moment-là, la question de l’après ne se pose pas, on est dans le malheur d’Olivier. Qu’il doive quitter son emploi ne m’a pas traversé l’esprit. C’était logique qu’il réintègre son travail autrement. Avec le handicap, c’est certain que la fonction qu’il avait avant n’était plus faisable".

Avant son accident, Olivier Delire était électromécanicien pour grue à tour.

Dans son bureau, Olivier a une chaise télescopique pour pouvoir accéder à tout ce dont il a besoin.

Un poste adapté

Aujourd’hui, Olivier se rend à nouveau dans l’entreprise de construction de Gembloux, où il travaillait depuis 17 ans. Mais beaucoup de choses ont changé. Il travaille aujourd’hui à mi-temps et sa fonction a complètement évolué. Avant son accident, Olivier était électromécanicien, il montait en haut des grues pour les entretenir ou les réparer. Désormais, il est un appui logistique précieux pour ses collègues depuis son bureau adapté. Il prépare le travail en amont, commande les pièces nécessaires aux réparations, apporte son expertise.

"Ça me permet de penser à autre chose" explique Olivier. "D’être concentré sur le travail et non sur ce que je ressens et sur la différence physique par rapport aux autres. Ici, je suis assis, quand mon collègue est à côté, il est assis aussi. Il est dans la même situation que moi. C’est également important de pouvoir partager mes connaissances, de faire évoluer l’équipe. Grâce à cela, je me sens utile. Au moins, j’ai quelque chose à apporter".

Olivier a toujours été passionné par son travail. Le fait qu’il ait la garantie de pouvoir réintégrer l’entreprise malgré son handicap lui a permis de traverser le processus de revalidation plus sereinement. "Ça m’a beaucoup aidé car je savais qu’à la sortie, j’aurais la possibilité de retravailler, de rester en contact avec mes collègues. Apres autant d’années, une relation s’est créée. C’est comme une petite famille".

Olivier Delire a pu retravailler et retrouver ses collègues après son accident.

Les collègues d'Olivier venus le soutenir lors d'une course de handbike.

Bénéfique pour toute l’équipe

L’entreprise d’Olivier a également adapté le lieu de travail. Un chemin de béton a notamment été construit afin de permettre à Olivier de circuler partout et de rejoindre ses collègues à l’extérieur. Gaylord Sostilio est chef monteur de grue à tour. Il connaît Olivier depuis 6 ans et il est ravi que ce dernier ait pu réintégrer l’entreprise. "C’est une très bonne chose, c’était un membre de l’équipe à part entière, avec beaucoup de connaissances pratiques. C’est un atout de l’avoir au bureau désormais. Et puis, je me suis dit qu’il y a beaucoup d’entreprises qui ne l’auraient pas fait, cela renforce la bonne image que j’ai de ma société".

Au-delà de l’empathie, Christophe Dedocq est convaincu de l’intérêt du nouveau poste d’Olivier pour le service. "Cela fonctionne super bien" confie le responsable du service de grue à tour. "Je dirais même que le poste qu’il occupe aujourd’hui est plus important que celui qu’il occupait auparavant. Cela nous a permis de nous améliorer dans la préparation du travail. Ce qui est super important pour nous. Et puis, cela apporte aussi une vision différente à l’équipe. Les petits problèmes quotidiens ne sont rien à côté de ses problèmes à lui. Cela nous permet de relativiser et je pense que pour l’équipe, c’est bénéfique".

Un chemin en béton a été aménagé pour permettre à Olivier de circuler.

Nombreux cas de discriminatio

Mais la situation d’Olivier est loin d’être la norme. De nombreuses personnes handicapées sont victimes de discrimination à l’emploi.

En 2018, Unia a ouvert 604 nouveaux dossiers relatifs au critère du handicap dont 145 signalent une discrimination à l’emploi. Les dossiers concernent surtout l’organisation et les conditions de travail (37,2% des dossiers emploi/handicap), des cas de licenciement (26,2% des dossiers emploi/handicap) et des cas de discrimination présumée à l’embauche (14,5% des dossiers emploi/handicap). Dans la plupart des dossiers, des aménagements raisonnables sont possibles mais n’ont pas été pris en considération.

Le centre interfédéral pour l’égalité des chances, UNIA, rappelle qu’une personne handicapée dispose de droits, au même titre que les autres (cfr la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées). Et notamment le droit à l’emploi et à des aménagements raisonnables. "Cela peut être des aménagements liés à l’accessibilité telle une rampe d’accès, un horaire plus flexible ou allégé pour pouvoir aller à ses horaires médicaux, ou encore un changement de poste" détaille Véronique Ghesquière, cheffe du service Handicap.

"Refuser un aménagement raisonnable est considéré comme une discrimination et est donc punissable. Bon, on concilie beaucoup et on trouve des solutions ensemble sans aller en justice. Mais quand on va en justice et que le refus d’aménagement raisonnable est reconnu, l’employeur est prié de les mettre en place assez rapidement, sinon il écope d'astreintes financières".

rtbf.be