Peut-être le Mondial le plus excitant de ces dernières années

On connaît tous la formule consacrée mais tellement vraie : "ce sont les coureurs qui font et décident de la course". Sans savoir à l’avance comment le peloton cuisinera ce championnat du monde, on peut déjà jeter un coup d’œil aux ingrédients. De bons produits, de luxe et de qualité. Au point de se demander si nous n’allons pas assister dimanche à l’un des plus beaux championnats du monde de l’histoire.

Sur papier, tout est là. Un parcours de type "classique" avec des bosses, partout, tout le temps. Le Yorkshire ne semble jamais plat. Des routes étroites et rendues dangereuses par la capricieuse météo du Comté. Aux dernières nouvelles, mais le temps change tellement vite ici, on attend beaucoup de pluie, du vent et des températures assez basses, autour des 13°C. Dernier facteur lié au parcours, sa longueur : 280 kilomètres. C’est très long. Il faut remonter à 1981 pour retrouver trace d’un championnat du monde au moins aussi long. C’était à Prague, sur 281 kilomètres. Le Belge Freddy Maertens s’était imposé devant Giuseppe Saronni et Bernard Hinault.

Van Avermaet connaît le Yorkshire

Qui sortira vainqueur dans la longueur du Yorkshire ? De l’avis de tous, cinq noms semblent se détacher. Greg Van Avermaet en fait partie. À 34 ans, le champion olympique n’aura plus énormément d’occasions s’il veut décrocher le maillot arc-en-ciel. Van Avermaet est affûté, il l’a prouvé en s’imposant au Grand Prix de Montréal il y a 15 jours. Un succès qui aura peut-être renforcé son moral car le coureur CCC n’est pas vraiment dans une saison de la gagne. En 2019, il ne compte "que" trois victoires. Mais l’un de ces trois succès a été décroché sur le Tour de Yorkshire, début mai. Greg Van Avermaet connaît bien cette course et ses routes, il avait remporté le classement final du Tour du Yorkshire l’année dernière.

Gilbert sans pression, mais avec ambition

Philippe Gilbert est l’autre leader belge. Il sort d’un Tour d’Espagne brillant. Deux victoires d’étapes et un paquet de kilomètres avalés. Autant dire que Phil ne doit pas craindre les 280 bornes de dimanche. La météo plutôt maussade pourrait également lui convenir. Gilbert a déjà décroché le titre, en 2012 à Valkenburg (cette année-là il avait aussi décroché deux victoires d’étapes sur la Vuelta), il roule donc avec moins de pression qu’un coureur à la recherche de son premier maillot de champion du monde. Sa grande expérience pourrait aussi être un atout, Philippe Gilbert prendra le départ de son… 15ème championnat du monde !

L’inconnue Alaphilippe…

Face aux deux cartes belges, il y a notamment Julian Alaphilippe. Mais difficile de savoir où en est réellement le puncheur français. Depuis le Tour de France, il a abandonné sur la Clásica San Sebastián, a bouclé le Tour d’Allemagne dans l’anonymat, et s’est montré sur les deux classiques canadiennes (Québec et Montréal) mais sans pouvoir conclure. Le Tour a épuisé Alaphilippe, on verra dimanche s’il a pu complètement récupérer. Mais comme le rappelait Philippe Gilbert en conférence de presse, Alaphilippe repousse son acide lactique mieux que personne. L’équipe française a été entièrement articulée autour de lui. Pas de plan B, tout pour Julian. Les Bleus devront donc contrôler la course sur un parcours qu’ils ne connaîtront pas comme leur poche puisque la délégation française a fait l’étonnant choix d’arriver seulement vendredi à Harrogate.

Sagan pour rentrer dans l’histoire

Comme pour Julian Alaphilippe, un point d’interrogation se promène au-dessus du casque de Peter Sagan. Après un printemps décevant, le Slovaque avait retrouvé la toute bonne forme pour décrocher un 7ème maillot vert sur le Tour de France. Depuis il n’a disputé que cinq courses d’un jour, mais lui aussi était bien présent dans les classiques canadiennes. Sagan a le désavantage de n’avoir que trois équipiers autour de lui, mais il a déjà prouvé plusieurs fois qu’il se débrouille très bien tout seul. Il est aussi triple champion du monde et connaît très bien le chemin qui mène à l’arc-en-ciel. En cas de succès dimanche, il entrerait dans l’histoire comme le seul coureur à avoir remporté l’épreuve sur route quatre fois.

Van der Poel avec sa classe et son instinct

Dernier favori, celui qui est cité sur toutes les lèvres : Mathieu van der Poel. Le phénomène néerlandais a sacrifié les championnats du monde de VTT pour venir disputer ceux sur route. En seulement 28 jours de course, le Néerlandais a remporté 11 victoires cette saison. Il sort d’un très bon Tour de Grande-Bretagne (trois victoires d’étapes et le classement final) où il a encore démontré toute sa puissance quand il démarre dans les bosses. Le petit-fils de Raymond Poulidor est multi-terrain, il sait tout faire : rouler, sprinter et "puncher" dans les côtes. Le parcours dans le Yorkshire est taillé pour lui. Avec des virages, des relances, des montées et des routes étroites où il faut pouvoir piloter et maîtriser sa machine : tout ce que Mathieu adore ! En conférence de presse, le coureur néerlandais nous a semblé très serein malgré son statut et surtout très sûr de lui.

Et si Valverde… Et si Evenepoel…

Derrière ces cinq grands favoris, la liste des outsiders n’est pas vilaine. Alejandro Valverderemet son titre en jeu et il ne sera pas simple de le décrocher à la régulière. Il est monté sept fois sur le podium des Mondiaux, c’est un coureur de championnats. D’autres coureurs rapides ont de l’ambition : Michael MatthewsSam Bennett, ou les Italiens Matteo Trentin et Sonny Colbrelli. Dans un autre style, plus offensif, le Kazakh Alexey Lutsenko sera à surveiller. Il pourrait devenir le seul coureur à décrocher le maillot arc-en-ciel chez les Espoirs et chez les Élites. Reste nos outsiders belges car derrière Gilbert et Van Avermaet, les Oliver NaesenTim WellensYves Lampaert et Dylan Teuns ont de quoi se défendre. Et puis qui sait… Remco Evenepoel ? Le Phénomène ne cesse de nous étonner, ne l’oublions donc pas.

 Jérôme Helguers,rtbf.be