Nafi, superstar à Doha

Facebook, Twitter, Instagram, application mobile, Tik Tok (une plateforme de partage de vidéos), Youtube et site web… Sept plateformes digitales pour suivre ces mondiaux d’athlétisme. Sept comme le nombre d’épreuves que compte l’heptahlon. L’IAAF, la fédération internationale d’athlétisme qui organise ces mondiaux, a donc logiquement choisi Nafi Thiam, numéro 1 incontestée de la discipline pour incarner sa campagne de promotion dans un clip sur fond de rap américain. Des milliers de vues et de partages plus tard, Nafi est devenue l’un des visages de l’athlétisme mondial.

"Depuis la médaille d’or à Rio, elle est vraiment devenue une des icônes de l’athlétisme mondial" explique Kim Vanderlinden, l’une des ses manageuses. "Cette année encore, elle a vraiment performé et confirmé qu’elle est devenue une des plus grandes athlètes mondiales. Depuis Rio et Londres, il y a un intérêt grandissant de la part des médias internationaux. Ces dernières semaines, nous avons reçu de nombreuses demandes d’interviews mais nous avons évidemment dû en refuser beaucoup pour garantir sa tranquillité. Il faut trouver un juste équilibre."

“Thiam la géante", "La trop grande reine des Belge" titre ainsi l’Equipe Mag, le supplément du quotidien sportif français de référence, en une le week-end dernier, photo de Nafi au milieu de la Grand-Place… de Mini-Europe. Un honneur rare pour un sportif belge de se retrouver ainsi en couverture de ce magazine de référence. C’est que la notoriété de la championne olympique, du monde (titre qu’elle remet en jeu dès ce mercredi) et d’Europe d’heptathlon dépasse désormais les frontières de la Belgique. Nafi est ce qu’il convient désormais d’appeler une athlète "bankable": performante, souriante, discrète, engagée. Elle fait l’unanimité au nord comme au sud du pays mais aussi bien au-delà des frontières. Elle plaît et séduit même les entraîneurs de ses adversaires comme Bernard Valcin, le coach de Katarina Johnson-Thompson. "Nafi, je la regarde presque comme un spectateur, parce que je reste un passionné. Faire le grand chelem (JO, Monde, Euro) c’est grandiose. Elle sait être forte à chaque grand championnat. Elle est toujours présente. Elle sait réagir. L’année dernière à Berlin, c’était un peu tendu avec Katarina avant le javelot. Sur un dernier essai, elle trouve le panache et l’énergie qu’il faut. C’est digne des grands champions. Et rien que pour ça je l’admire. Il y a aussi l’attitude et l’énergie que dégage Nafi. Alors que Katarina est plus dans la retenue. J’ai envie qu’elle se lâche comme sait le faire Nafi."

Confirmer, c’est plus difficile que de gagner"

Première (et jusqu’à ce jour seule) championne du monde de l’athlétisme belge, la Namuroise entame aujourd’hui la défense du premier de ses trois titres. "Confirmer, c’est plus difficile que de gagner" confie t’elle avec la retenue qui la caractérise. "Mais je ne pense pas à ça. J’ai travaillé dur pour aborder ces championnats dans les meilleures conditions. Maintenant, tout le monde démarre du même point et on verra bien ce qu’il se passe."

Se remettre en question. Tout le temps. Ne jamais considérer que les choses sont acquises, respecter l’adversité, se méfier, s’améliorer sans cesse, aborder un championnat avec humilité en voulant simplement performer, sans être obsédée par la victoire. C’est ça la méthode Nafi. "Si elle ne se blesse pas, elle va s’imposer ici à Doha" avance confiant Patrick Stevens, le meilleur sprinteur belge de l’histoire. "Elle peut envisager le doublé mondial et le doublé olympique. D’autant qu’elle s’entraîne seulement comme une professionnelle depuis qu’elle a terminé ses études. Nafi, si elle parvient à rester au top, elle peut aussi viser la médaille d’or à Paris en 2024."

Un discours qui ne plairait pas à la principale intéressée. Qui n’a de toute sa carrière jamais ouvertement déclaré qu’elle se présentait au départ d’un heptathlon pour le gagner. Mais qui depuis 2016, les a tous remportés (6 victoires consécutives).

 Nafi, superstar à Doha

David Bertrand,rtbf.be