Pieter De Crem renonce à sa carrière nationale

L’annonce est passée relativement inaperçu hier en marge de l’installation de la Chambre et des prestations de serment des nouveaux députés fédéraux. En plénière, c’est le président temporaire de la Chambre l’Open VLD Patrick Dewael qui a révélé la nouvelle : "Enfin par lettre du 20 juin 2019, Monsieur Pieter De Crem fait savoir qu’il renonce à son mandat de député. Il est remplacé par Jan Briers, 1er suppléant de la liste de Flandre orientale". En clair, l’actuel ministre de l’Intérieur, le CD & V Pieter De Crem, renonçait à siéger, laissant sa place de député à Jan Briers, par ailleurs ancien gouverneur de Flandre orientale.
Un geste de dépit et une bravade envers son parti

Ainsi ce jeudi, Pieter De Crem lui-même n’a informé la direction de son parti de ses intentions qu’au dernier moment, son suppléant même peu avant 10h du matin, soit 4h avant la prestation de serment… Pieter De Crem, 57 ans, 36.000 voix de préférence le 26 mai encore comme tête de liste de Flandre orientale, renonce donc : une fois son travail de ministre de l’Intérieur en affaires courantes achevé – d’ici quelques mois ? Et l’annonce d’une nouvelle majorité et d’un nouveau gouvernement -, il se repliera comme déjà annoncé (en novembre 2018) sur sa commune d’Aalter, où il a été bien réélu bourgmestre en octobre. Aalter où la maison communale est surnommée "De Cremlin", preuve de l’emprise familiale de père en fils sur la cité. Lui-même est élu, réélu 1er citoyen depuis 1995.

Mais les commentateurs y voient surtout un geste de défi à son parti, "un doigt d’honneur" a même insisté un ténor du CD & V. Explications : Pieter De Crem, "bon petit soldat" déçu, lassé, mal récompensé selon lui : ainsi député depuis 1995, 6 ans ministre de la Défense, vice-1er ministre et membre du kern, soudain rétrogradé/dégradé Secrétaire d'Etat sans pouvoir au Commerce extérieur, avant une réhabilitation soudaine en étant repêché comme ministre de l’Intérieur après le retrait de la N-VA en décembre 2018.

Mais un "soldat" que l’on n’écoute pas quand il défend une position plus droitière de son parti (à l’image d’un Hendrik Bogaert, tous deux étaient d’ailleurs cités comme candidats-présidents du parti potentiels) ou lorsqu’il prend des positions visant à durcir la politique migratoire ; il rêvait d’un poste de député européen en mai 2019, son parti lui a préféré Kris Peeters, pourtant battu aux communales à Anvers, et qui désormais semble hésiter entre son poste à Strasbourg et un nouveau portefeuille ministériel… Des hésitations qui pèsent sur le parti dans son ensemble.

Le recul du CD & V le 26 mai – avec son plus mauvais score historique – sonne comme un "je vous l’avais bien dit". Lui refuse de parler officiellement de rancune mais… Il a en tout cas pris seul sa décision de tourner la page (nationale).

Fabien Van Eeckhaut, RTBF