Revivez le débat des candidats à la présidence de la Commission européenne

C’était l'un des temps forts de la campagne européenne. Ce mercredi soir, les candidats à la présidence de la Commission européenne se sont retrouvés pour débattre au sein du Parlement européen à Bruxelles.

Au coeur de l'hémicycle,

  • Le Belge Nico Cué, de la Gauche européenne (GE)
  • L’Allemande Ska Keller, du Parti vert européen (PVE)
  • Le Tchèque Jan Zahradil, de l’Alliance des conservateurs et réformistes européens (ACRE)
  • La Danoise Margrethe Vestager, de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE)
  • L’Allemand Manfred Weber, du Parti populaire européen (PPE)
  • Et le Néerlandais Frans Timmermans, du Parti socialiste européen (PSE).

Un débat courtois

Pas de coup bas, pas de phrases assassines, lors de ce débat dont le ton est resté courtois de bout en bout. Migration, emploi, changement climatique, politique extérieure, montée des populismes : un débat de fond, sur les principaux thèmes de la campagne, mais où les divergences étaient manifestes. Et où l'on aura finalement pas abordé la question de la future présidence de la Commission européenne.

La migration

L’UE peut-elle trouver une solution commune au problème de la migration ? La plupart des candidats ont défendu le principe de solidarité européenne, excepté le Tchèque Jan Zahradil, fermement opposé à la politique des quotas. Pour lui, « il faut respecter le droit souverain des Etats membres. »

Margrethe Vestager a plaidé pour un système d'asile commun basé sur la solidarité. « Il faut le faire ensemble, sinon nous échouerons. »

Ska Keller soutient elle aussi fermement la solidarité européenne. « Ce qui est inacceptable », dit-elle, « c'est qu'aujourd'hui, des gens se noient en Méditerranée. Il faut des efforts de sauvetage européens ».

Pour Frans Timmermans, le sort de l’Europe est lié à celui de l'Afrique. « Il faut des accords avec les pays tiers mais aussi de la solidarité au sein de l'UE. »

Manfred Weber souhaite renforcer le contrôle de Frontex, pour assurer le contrôle des frontières,  « tout en assumant notre responsabilité humanitaire. »

Lui-même fils d'immigré, Nico Cué estime que l'immigration est une chance et que les migrants peuvent contribuer au bien-être de l'Europe.

L’emploi

D’emblée, le Tchèque Jan Zahradil plaide pour des « solutions sur mesure » pour répondre aux différentes situations nationales en matière d’emploi.

Réplique de Manfred Weber: « Si on avait appliqué la même mesure sur les fonds structurels aux nouveaux Etats membres, la République Tchèque n'en serait pas là où elle est maintenant. »

Même son de cloche du côté de Margrethe Vestager :  « L'UE peut agir, mais en communion avec les Etats membres. »

Pour l'écologiste Ska Keller, l'austérité a fait beaucoup de dégâts auprès des jeunes.  « Il faut commencer par investir dans l'économie verte », estime-t-elle, afin de favoriser une transition sociale de notre économie.

Nico Cué lui plaide pour un renforcement des contrats à durée indéterminée au sein de l'UE.

Le changement climatique

Seul moment un peu tendu de ce débat, les discussions sur le changement climatique. En particulier, lorsque Manfred Weber affirme que son parti, le PPE, est à l'origine de toutes les législations en faveur du climat. Affirmation vivement contestée par l’écologiste Ska Keller. « Certains parlent du climat. Nous, nous voulons agir », martèle-t-elle.

Frans Timmermans propose la mise en place d’une taxe sur le kérosène ainsi qu’une taxe sur le CO2 pour les entreprises. « C'est possible si les Etats membres nous aident », estime-t-il.

 « Ne fixons pas des objectifs irréalistes », déclare Jan Zahradil. « Respectons les engagements des accords de Paris. Par ailleurs, il faudrait revoir les subventions de la PAC afin de subventionner davantage les petites exploitations. »

Nico Cué lui déplore que l’on ne s'attaque pas aux gros pollueurs. « Par contre, je suis opposé à la taxation des citoyens les plus faibles comme le fait Macron en France. C'est inacceptable. »

La fiscalité et les multinationales

Sur ce thème, les candidats étaient sur la même longueur d’ondes : il faut taxer les géants du numérique. Mais peu de pistes concrètes de solutions sont proposées.

Margrethe Vestager: « Il y a beaucoup de travail à accomplir. Il faut taxer le numérique. Certains y échappent et d’autres paient. C’est injuste. Il faut une équité fiscale. »

Ska Keller: « Il est essentiel de créer une équité fiscale. Taxer les entreprises numériques qui échappent à la fiscalité. Il faut de la transparence. »

Frans Timmermans « Il faut un niveau d’imposition plancher dans l’Europe. Certaines entreprises ne paient pas d’impôts. »

Mais pour Jan Zahradil, la fiscalité, ce n’est pas l’affaire de l’Europe : « les Etats ont le droit de taxer les entreprises mais l’Union européenne n’est pas un Etat. Il faut un échange d’informations pour que les entreprises paient leurs impôts, mais il faut que cela se passe au niveau national. »

« La lutte contre les paradis fiscaux, on est d'accord là-dessus », déclare enfin Manfred Weber, « mais la question c'est 'comment procéder ?' Dans certains domaines fiscaux, il faudra passer de la règle de l'unanimité à la règle de la majorité. » 

Politique extérieure

Quelle est la place de l’UE face aux Etats-Unis et à la Chine ? Il faut une Europe plus forte, un avis partagé par plusieurs candidats.

Pour Margrethe Vestager, l’Europe doit être bien plus confiante et plus dure. « Nous sommes le plus grand bloc économique du monde. Il faut peut-être une Europe un peu plus dure aussi. Pour défendre nos pays s’ils font face à une concurrence déloyale. »

« Nous sommes unis, mais si certains dirigeants en Europe sont les meilleurs amis de Trump ou de Poutine, comment créer l’unité ? », se demande Frans Timmermans. « C’est la première fois qu’un président américain préfère une Europe faible. Nous devons être unis, fermes face à Trump ou Poutine. Sans ça, c’est eux qui définiront l’avenir, et ça, nous ne pouvons par le tolérer. »

Manfred Weber renchérit : « Nous avons beaucoup de points communs avec les USA mais ce qui se passe à la Maison Blanche n’est pas notre façon de faire de la politique. Donc nous avons besoin d’être unis et forts. Nous devons passer à la majorité qualifiée : la seule façon de prendre des décisions et de mener une vraie politique extérieure. » Et de regretter qu’il a fallu 4 semaines à l’UE pour prendre une position commune sur le Venezuela. « Ce n’est pas l’Europe dont je rêve. »

Faut-il encourager les traités de libre-échange ? Jeu de ping-pong entre la gauche et la droite.

Jan Zahradil, en fervent défenseur, avance que « le commerce est principal moteur de la croissance économique. Il faut plus d’accords de libre-échange », estime-t-il, «  en particulier avec l’Asie. C’est là que se trouve l’avenir du monde. »

A l'opposé, Nico Cué, dénonce ces traités car « dans la pratique, on diminue les normes sociales et environnementales pour mettre en place ces pratiques commerciales. »

Pour Manfred Weber« 36 millions d’emplois dépendent des échanges commerciaux. Je ne comprends pas pourquoi les partis de gauche ne veulent pas dire oui au commerce pour améliorer le monde. »

De son côté Ska Keller estime que « le commerce peut jouer un rôle important, mais il doit être un moyen servant une fin, pas une fin en soi. »

L’euroscepticisme

Dernier thème de la soirée : la montée de l’euroscepticisme et des populismes. Comment l'expliquer et la contrer ?

Frans Timmermans fait son mea culpa : « Si certains qui, autrefois, votaient pour notre parti, votent aujourd’hui pour des partis extrémistes, c’est notre faute. » Et de pointer les divisions politiques au sein de l’UE. « Nous avons une responsabilité collective. Il faut créer une unité européenne afin de résoudre problèmes auxquels nous serons confrontés à l’avenir. »

Nico Cué pointe du doigt les politiques d’austérité de l’UE : « L’unité européenne est menacée parce que nous avons mené une politique d’austérité. » Pour lui, on a créé un « malaise tel que les gens pensent qu’ils seront mieux en se réfugiant dans leur nation. »

Manfred Weber épingle deux éléments importants : « Nous devons rendre l’Europe démocratique. Et nous avons besoin de mécanismes pour défendre nos valeurs. Il faut que les Etats qui ne respectent pas l’Etat de droit soient sanctionnés financièrement. »

Enfin, pour Jan Zahradil, l’explication réside dans le fait que « beaucoup de gens ont le sentiment que l’UE s’immisce dans leur vie quotidienne. Je suis pour l’intégration européenne. Mais pour une Europe qui fasse moins mais mieux. Plus d’Europe n’est pas la panacée à tous les problèmes. Par exemple, 90% des Tchèques veulent rester UE mais 75% ne veulent pas adopter l’euro. »

Annick Capelle, RTBF