La création d’emplois sous le gouvernement Michel sera sans aucun doute un des points clés que débattront les partis politiques dans la campagne électorale pour le 26 mai.

Charles Michel n’a eu de cesse de répéter son leitmotiv : « Jobs, jobs, jobs ». Alors qu’en est-il vraiment ? Combien d’emplois ont-ils été créés, de quels types d’emplois parle-t-on, ces créations d’emplois sont-elles le fruit du taxshift (réforme fiscale), autre pièce maîtresse du gouvernement Michel ? Voilà les questions auxquelles nous avons voulu tenter de répondre.

Pour ce faire, nous avons consulté plusieurs sources : les indicateurs économiques de la Banque Nationale, son rapport annuel 2018, les rapports annuels du Conseil Supérieur de l’Emploi, ainsi qu’une étude de l’Institut pour le Développement Durable.

Près de 230.000 emplois salariés et indépendants créés

Pour calculer le nombre d’emplois créés, nous nous sommes basés sur les « Indicateurs économiques pour la Belgique de la Banque Nationale ». Nous avons comparé les chiffres du 4e trimestre 2014 (entrée en fonction du gouvernement Michel) et ceux du 3e trimestre 2018 (derniers chiffres connus au 22 février 2019). Entre les deux : une différence de plus 228.500 emplois.

Il s’agit ici d’emplois salariés auxquels s’ajoutent des emplois indépendants, ces derniers ayant donc aussi contribué à la création nette d’emplois.

Le taux d’emploi s’est lui aussi amélioré durant cette même période, il est passé de 67,6% (dans la tranche des 20 à 64 ans) à 70,1% au 3e trimestre 2018. Ce taux d’emploi est le rapport entre la population active occupée et la population en âge de travailler.

S’il a augmenté au cours de ces 4 années, le taux d’emploi reste néanmoins en dessous de la moyenne de la zone euro et de la moyenne de l’Europe des 28 (respectivement de 72,2% et de 73,5%), comme le notait le Conseil supérieur de l’Emploi dans son rapport de juin 2018 : « Si le taux d’emploi s’est amélioré, par contre l’écart par rapport à nos partenaires européens ne s’est pas réduit ».

« L’objectif de 73,2% que s’est fixée la Belgique dans le cadre de la stratégie Europe 2020 est clairement hors de portée », poursuit le rapport.

« La participation à l’emploi des différents groupes de la population est très inégale. Ce n’est pas particulier à la Belgique, mais en revanche l’ampleur de certains écarts est nettement plus grande dans notre pays. Les femmes et les personnes de plus de 55 ans présentent encore un taux inférieur à la moyenne. »


De quelle manière le taxshift a-t-il contribué à cette création d’emplois?

On pense ici notamment aux effets de la réduction des charges patronales accordées aux entreprises dans le taxshift, soit 3,5 milliards d’euros pour faire baisser le coût du travail et sauvegarder la compétitivité des entreprises.

La seule étude connue sur l’impact du taxshift, est celle de quatre économistes de la KUL de septembre 2018. (« Betaalt de taxshift zichzelf terug ? », Leuvense Economische Standpunten). Les économistes de la KUL estiment l’effet du taxshift sur la création d’emplois entre 2016 et 2020 de l’ordre de 65.000 à 92.000 emplois supplémentaires.

Mais si le gouvernement devait encore relever les impôts indirects, disent-ils, pour combler le déficit de financement du taxshift, alors les emplois supplémentaires seraient limités à 43.800.

Pour ces économistes, l’impact du taxshift sur la création d’emplois est donc faible ; celle-ci est surtout imputable à l’amélioration de la conjoncture économique internationale.

Un résultat modeste pour les économistes surtout quand on le compare au coût de la réforme, qui représente un déficit de 7,5 milliards d’euros pour le budget de l’État.

Des prévisions avaient également été effectuées tant par le Bureau fédéral du Plan que par la Banque nationale, c’était en 2015. Avec des résultats qui variaient entre 45.190 emplois créés en 2021 et 64.500 selon les calculs.

D’autres chiffres ont aussi été avancés par la directrice de la Banque nationale, Marcia De Wachter dans un article de Trends le 15 novembre 2017.

Le taxshift aurait contribué en 2016 à 8% du nombre d’emplois créés, 13% en 2017. « Ce chiffre, disait-elle, devrait augmenter jusqu’à 25% de la création d’emplois annuelle. Et pour l’ensemble de la période (2015-2021 compris) le chiffre devrait atteindre 52.100 emplois supplémentaires créés grâce au taxshift. » Des chiffres en baisse donc comparés aux prévisions de 2015 de la même Banque nationale.


Quels types d’emplois ont été créés?

Les caractéristiques des 59.000 emplois créés en 2016 ont été analysées par le Conseil supérieur de l’emploi, dans son rapport annuel 2017.

  • Premier constat : les contrats temporaires (CDD) représentent 52% des nouveaux contrats 2016, contre 9% de CDD dans l’emploi total.
  • Deuxième constat : le travail à temps partiel est surreprésenté. 40% des nouveaux engagés le sont à temps partiels contre 25% dans l’emploi total.
  • Troisième constat : le niveau de revenu des nouveaux engagés est relativement faible : 47% appartiennent au premier quintile contre 23% dans l’emploi total (le premier quintile représente les 20% des ménages les plus pauvres).

La Banque nationale dans son rapport annuel 2018, tire des conclusions similaires.

En 2018, 31% des emplois nouveaux étaient des emplois à temps partiels (cela concerne 4 fois plus les femmes) et 46% des emplois temporaires (soit quasi 1 sur 2).

La Banque nationale a comparé la situation des nouvelles embauches de 2014 et de 2018. Si en 2014, 40% de contrats étaient temporaires, ils sont 46% en 2018.

En 2014, les temps partiels représentaient 27% de l’emploi, contre 31% en 2018.

L’Institut pour le Développement Durable (IDD) a lui analysé les chiffres de l’ONSS en juillet 2018. Ses constats sont plus sévères sur la qualité des emplois créés.

Selon les chiffres de l’IDD, sur 176.000 emplois créés entre 2014 et début 2018, 25% sont des emplois temporaires (cela comprend aussi les emplois saisonniers, intérimaires et occasionnels).

Des emplois temporaires qui ont augmenté de 21% sur cette période. Ces emplois temporaires représentent même la moitié des emplois chez les jeunes de 15-24 ans.

Autre constat : la part des CDD dans l’emploi temporaire tend à diminuer au profit de l’intérim qui représente 23,4% des emplois temporaires en 2017.

L’emploi à temps partiel représente, lui, 64,2% des créations d’emplois entre 2014 et 2018 (c’est principalement vrai en 2015) et 1/3 de cette augmentation est attribuable aux services publics.

Enfin, note l’IDD, pour la majorité des travailleurs, ces temps partiels ne sont pas souhaités ou l’emploi n’est offert qu’à temps partiel.

Subsides salariaux: une particularité belge

Et dans l’évaluation de l’emploi créé, on peut aussi noter une particularité belge. Ici, nous nous basons sur le rapport de janvier 2019 du Conseil Central de l’Economie. Que dit-il ? Qu’en Belgique, les emplois sont plus subventionnés que dans les 3 pays voisins de référence, quand on évalue la compétitivité de nos entreprises et les marges d’augmentations salariales.

« On peut observer l’évolution des subventions salariales et des taux de subventionnement en Belgique et dans les trois pays de référence depuis 1996. », peut-on y lire. « On remarque qu’au cours des dix dernières années, les taux de subventionnement en Allemagne ont stagné et restent peu élevés par rapport aux trois autres pays. »

« Aux Pays-Bas, les taux de subventionnement ont été davantage fluctuants, atteignant un pic en 2009 et s’élevant à 1,28% de la masse salariale. Depuis 2009, le taux de subventionnement n’a cessé de diminuer, à l’exception de 2016 et 2017 où il est légèrement remonté. »

« En France, les taux de subventionnement étaient relativement peu élevés (en dessous de 1%) jusqu’en 2013. A partir de 2014, les taux ont sensiblement progressé, ce qui s’explique par la mise en place du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). »

« En Belgique, les subventions salariales en pourcentage de la masse salariale sont relativement plus élevées par rapport aux pays de référence », conclut le rapport du Conseil Central de l’économie. « Depuis 1996, ce taux n’a cessé de progresser et semble se maintenir au-dessus des 4% depuis 2010. »

 

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Nous sommes les élèves de 2ème et 6ème année primaire de l'école communale de Micheroux près de Liège.
 

En découvrant dans l'actualité que des jeunes se rassemblaient chaque jeudi pour sauver la Terre des dérives climatiques liées à la pollution, nous avons voulu -nous aussi- sensibiliser notre entourage à ce problème.

Ainsi est né notre projet "écologie".

Chaque vendredi de février, nous nous sommes rassemblés en vue de réaliser des panneaux qui seraient ensuite affichés dans l'école et présentés aux parents ainsi qu'à tous les adultes qui fréquentent l'établissement.

Huit thèmes se sont dégagés (le tri des déchets, se déplacer "vert", la déforestation, l'eau polluée, le réchauffement climatique, les animaux en danger, l'énergie verte et la nourriture ).

Sur chaque panneau, nous avons axé nos recherches sur les solutions à apporter au problème traité. 

Nous sommes fiers d'avoir participé (à notre échelle) au mouvement lancé par des étudiants plus âgés que nous.

Nous comptons maintenant mettre ces solutions en pratique dans le cadre de l'école et de nos familles. Il y a en effet de nombreuses choses que chacun peut  entreprendre, parfois simplement en changeant nos habitudes.

Enfin, l'idée de diffuser notre initiative dans les médias nous plaisait. On devrait d'ailleurs -la nôtre comme beaucoup d'autres- les prendre très au sérieux au vu des enjeux.

Nous sommes convaincus que si tout le monde s'y met , le futur sera sauvé.

Les élèves de 2ème et de 6ème primaire de l'école communale de Micheroux.

Cette carte blanche est écrite par les élèves de 2eme et de 6ème primaire de l'école de Micheroux avec l'aide de Madame Antoine et de Monsieur Dell'aquila.  

Des élèves de l'école communale de Micheroux, RTBF

Quel bilan « Justice » pour la législature sortante ? Et quelles sont les attentes et recommandations du secteur pour les politiques à venir ? C’est ce dont Eddy Caekelberghs discute avec Marie Messiaen, la présidente de l’Association syndicale des magistrats, et Jean-Pierre Buyle, le président de l’Ordre des barreaux francophone et germanophone de Belgique.
Le bilan de la législature

En ce qui concerne le volet de la justice, Jean-Pierre Buyle parle d’une période interpellante et complexe. « On a eu un ministre de la justice extrêmement actif, qui est venu avec beaucoup d’idées. » Il veut donc être juste, et équilibré. « Il y a eu de très bonnes choses, il y en a eu aussi des moins bonnes. Je pense qu’il y a eu une vraie vision, on a un ministre de la Justice qui s’inscrira dans l’histoire, qui a modernisé la justice, comme avec le droit des sociétés, la réforme des droits des successions, etc. Par contre, au niveau du Code pénal, l’instruction criminelle : les textes sont là, mais ils ne sont pas aboutis. » Certaines autres mesures positives, comme l’accès à la justice pour les pro deo, font partie des bons points du gouvernement sortant que Jean-Pierre Buyle tient à souligner. Mais, à côté de cela, il souligne de gros soucis. « La justice est le mal aimé des derniers gouvernements, et particulièrement de celui-ci. Les chiffres sont tous au rouge : il y a une insuffisance de personnel qui est flagrante, avec des justiciables qui ne sont pas jugés, des problèmes de droit familial, de garde des enfants, ... Est-ce que c’est anormal ? Oui ! » Ces situations sont d’ailleurs symptomatiques d’un problème de budget, notamment. « La justice n’est pas le troisième pouvoir, elle est un des trois pouvoirs ! Ce qui a manqué dans ce gouvernement, c’est la considération du pouvoir judiciaire en tant qu’homologue, un équivalent, et pas comme un service du ministère de la justice auquel on applique une austérité budgétaire. »

 Des revendications pour demain

Avant tout, Jean-Pierre Buyle réclame du respect à l’égard du pouvoir judiciaire. Ensuite, une revendication budgétaire est avancée. « Il faut qu’on s’aligne avec les États membres de l’Union européenne. La moyenne des états consacrent 2% de leur PIB à la justice. En Belgique, on est entre 0,3 et 0,5% ! Voilà où on se trouve. » De son côté, Marie Messiaen, la présidente de l’Association syndicale des magistrats, étend la notion de respect aux justiciables. « Le justiciable a le droit, en tant que contribuable, d’être reçu d’une façon digne. On parle des bâtiments, de délai de traitement, au niveau de l’arriéré, ... Tout ça crée un sentiment très dangereux d’amertume, d’aigreur vis-à-vis de la justice. »

 Tout à la prison?

Les exécutifs se succèdent, mais rien ne change sur la politique carcérale, malgré les demandes répétitives des acteurs de terrain de trouver des solutions alternatives au « tout à la prison », comme le souligne Marie Messiaen. Cependant, Jean-Pierre Buyle souligne que le gouvernement Michel a fait « un tout petit effort » sur cette question. « Le nombre de détenus entre la prise de fonction du dernier gouvernement et aujourd’hui a légèrement diminué, mais moins qu’il n’en conviendrait : on enferme toujours trois personnes sur 9 mètres carrés pendant 23 heures sur 24. La surpopulation est intolérable, la manière dont on traite les prisonniers est inacceptable. La Belgique est dans le peloton de tête où il y a le plus de prisonniers par habitant, d’une part, mais surtout le plus de prisonniers en détention préventive, c’est-à-dire des personnes qui n’ont pas encore été condamnées. » Et puis il rappelle que des mesures sont à prendre pour la réinsertion, le quotidien, l’accompagnement des prisonniers. Notons qu’aujourd’hui, une mort sur trois en prison est un suicide…

Lucie Hermant, RTBF

 

L’âgisme est un type de violence exercée par la société sur les personnes âgées (Nahmiash, 2000). Pour R. Butler (1969), l’âgisme reflète le profond malaise des jeunes et des adultes d’âge mûr face à la vieillesse. Il correspond à une aversion qu’ils ont à l’égard du vieillissement, de la maladie et de l’incapacité ainsi qu’à une peur de l’impuissance et de l’inutilité.

 

Entrons dans l’âgisme par le langage (puisque c’est ma spécialité) : l’over accomodation. Il s’agit d’une manière spécifique de s’adresser aux personnes âgées, caractérisée par une politesse excessive, une prononciation très lente et à forte voix, d’user de phrases très simples voire trop. Ces particularités présupposent un état forcément déficient de son/sa interlocteur.trice. « Une étude va ainsi jusqu’à montrer que l’âgisme influence les attitudes de très jeunes enfants (dès l’âge de deux à trois ans) à l’égard des aînés. » Les vieux/vieilles sont donc parlé.e.s et je pense encore à cet emploi infantilisant dont on se sert avec les jeunes enfants, les animaux, dans certains services hospitaliers, avec les femmes enceintes et les personnes âgées – « Alors on a bien mangé, on va se mettre au lit hein, maintenant », etc. –, dimension apparemment caressante de la communication mais qui en dit long sur le fait que l’on n’attend aucune réponse.

Les représentations de la vieillesse longtemps synonyme de sagesse et de tradition sont devenues négatives : vieux et vieilles inutiles, malades, repoussoir d’une société fondée sur le culte du corps et de la productivité, et, plus genré, l’invisibilité des femmes à partir de 50 ans, le moindre respect de leur intégrité physique quand, plus âgées les femmes ont un cancer du sein… Ces stéréotypes doivent être nuancés au regard des visions tout aussi stéréotypées de la jeunesse. En 2012 Unia, organisme qui lutte contre les discriminations, a publié un ouvrage intitulé « Trop jeunes ? Trop vieux ? » où on peut lire : « Au travail nous sommes très vite taxés de 'vieux', avec toutes les tares que cela présuppose : facultés d’adaptation et capacités cognitives réduites, problèmes de santé, lenteur… Mais être jeune entraîne aussi son lot de stéréotypes : manque d’expérience et de discipline, arrogance, moindre fidélité à l’employeur, etc. ».

Cependant, les stéréotypes sur les jeunes sont davantage ethnicisés (de façon négative) et figés dans une posture sans nuance comme le rappelle de façon humoristique Thomas Guénolé dans son ouvrage intitulé : « Les jeunes de banlieues mangent-ils les enfants ? » (2015) : « Le jeune de banlieue est aussi réaliste qu’une licorne ». On notera encore, en parallèle avec l’actualité, que la jeune militante écologiste suédoise Greta Thunberg fait aussi les frais de son âge dans les attaques des politiques et des trolls sur la toile, par exemple lorsque l’on la compare à une membre de la jeunesse hitlérienne, fanatique et forcément manipulée.

Date de péremption pour les femmes

Mais revenons à la dimension initiale de l’âgisme, avec le prisme genré. La « péremption des femmes » est programmée socialement : la journaliste Mona Chollet consacre un large chapitre à cette question dans son dernier essai « Sorcières » (2018) rappelant les travaux fondateurs de Barbara McDonald, de Susan Sontag, de Sylvie Brunel. Ils nous montrent des femmes redoutées en vertu de leur expérience, des femmes diabolisées en vertu de leur appétence sexuelle malgré la ménopause qui déclasse le corps et le sexe de la femme. J’y ajouterai aussi les réflexions désenchantées de l’écrivaine Benoite Groult, L’autrice des « Vaisseaux du cœur » est d’une autodérision féroce sur les stigmates physiques et psychiques de la vieillesse mais face à la décrépitude de son mari et son amant, sa peau qui consent de partout et surtout sa tête tiennent mieux le coup (Journal d’Irlande 2018). Et elle assume son désir sexuel de « vieille ».

L’écrivaine Colette, rebaptisée « cougar de la belle époque », a souvent mis en scène une sexualité interâge (Le Blé en Herbe, Chéri) qui se terminait tragiquement pour la femme. Implacable l’autrice décrit son héroïne Léa vieillissante et abandonnée : devenue une sorte de vieil homme, sans sexe, couperosée, la bouche pleine d’or au double menton… Mona Chollet évoque aussi cette masculinisation des femmes ménopausées qui leur confèrent parfois une sorte d’aura sociale mais leur enlève tout potentiel sexuel et toute spécificité féminine.

« Vieille peau »

La femme vieille est tout aussi stigmatisée lorsqu’elle « se laisse aller » comme quand elle a recours à l’artifice et à la chirurgie, au nom d’une naturalité : la femme vieillissante doit s’accepter comme elle alors que tout le discours insultant repose sur l’énoncé inverse – « elle est vieille et ça se voit ». Le parfait exemple est le traitement médiatique de Brigitte Macron, entre son iconisation pour sa minceur, son allure, son jeunisme et sa fustigation pour son physique et sa relation avec un homme plus jeune. Parmi les insultes, les « vieilles peaux » voisinent avec des « mères maquerelles, cougars et autre vieille dame de France ».

Les exigences sociales à l’égard d’une femme âgée sont contradictoires. Prenons un exemple actuel : la blancheur des cheveux est aujourd’hui à la mode, pour les jeunes comme pour les femmes ayant décidé de se passer de teinture. Mais alors que la chevelure masculine, quand elle n’est pas rattrapée par la calvitie, s’assume en poivre et sel et tempes grisonnantes séduisantes, la négligence morbide est associée aux cheveux blancs des femmes.

Cela m’a fait penser à une belle chronique en ligne de la linguiste Marie-Anne Paveau sur « la vieille femme sale » – à partir d’une thèse sur la question rédigée par la chercheuse Caroline Darroux sur des vieilles femmes de la région du Morvan, en France. A travers leurs portraits, je reconnais certaines femmes des villages mais aussi urbaines, traînant des paquets de formes diverses, souvent perruquées, trop fardées, clochardes malgré elles mais parfois habitantes de maisons fantômes, errantes des rues, solos et agressives pour rester en vie… Pourtant, les vieilles du Morvan au contraire gomment leur « féminité » canonique de rôle et d’organes : « Elles incarnent une forme archaïque de féminité qui capte la rudesse et la résistance, voire la force, que les stéréotypes attribuent aux hommes ». C’est la raison pour laquelle Paveau les intègre à ses « dérangeantes dégenreuses ». Une perspective de combat pour lutter contre l’âgisme ?

 

Laurence Rosier est licenciée et docteure en philosophie et lettres. Elle est professeure de linguistique, d’analyse du discours et de didactique du français à l’Université Libre de Bruxelles.

 

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Abdelaziz Bouteflika briguera donc un cinquième mandat à la tête de l’Algérie. À 81 ans et au pouvoir depuis deux décennies, il a annoncé sa candidature à la présidentielle du 18 avril, dans un "message à la Nation" diffusé par l'agence officielle APS.

 

Cette candidature a de quoi surprendre car Abdelaziz Bouteflika a des problèmes de santé qui l’ont considérablement affaibli. Depuis 2013, il est cloué dans un fauteuil roulant, suite à un accident vasculaire cérébral (AVC) et il n'apparaît plus que rarement en public - la dernière fois c’était le 1er novembre 2018.

La coalition de quatre partis au pouvoir, dont celui d’Abdelaziz Bouteflika, le Front de libération nationale (FLN) soutiennent cette candidature. Récemment encore, le Premier ministre Ahmed Ouyahia, chef du Rassemblement national démocratique (RND), estimait que l'état de santé du président n'empêchait "pas sa candidature".

Abdelaziz Bouteflika ne mènera même pas sa campagne présidentielle. C'est Abdelmalek Sellal, nommé directeur de campagne, qui s’en chargera à sa place, après avoir déjà dirigé les trois précédentes.

Abdelaziz Bouteflika est-il en pleine possession de ses capacités intellectuelles ? "On ne sait pas", constate Kader Abderrahim, professeur à Sciences Po’Paris et directeur de recherches à l’Institut prospective & sécurité en Europe (IPSE). "C’est très compliqué d’avoir des informations. Pour l’approcher, il faut s’adresser à son frère Saïd. Et puis, c’est devenu un mode de gestion : le régime contribue à ce que les choses soient aussi confuses que possible afin d’éviter une analyse rationnelle sur les hommes et sur les raisons qui les maintiennent au pouvoir".

Abdelaziz Bouteflika serait-il lui-même manipulé ? Il doit bien y avoir des raisons pour imposer cette candidature, aussi surréaliste soit-elle… "Oui, elle sert à préserver les intérêts de l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika", affirme encore Kader Abderrahim. "Les intérêts sont semblables à ceux des oligarques en Russie. Ce sont des personnes qui en l’espace de vingt ans, voire moins, ont bâti des fortunes considérables avec le soutien et la protection direct du chef de l’État ou de son entourage familial".

Des fortunes qui ont été construites grâce à la manne pétro-gazière du pays. Une manne qui a aussi garanti un minimum d’avantages sociaux à la population.

L’opposition, elle, est divisée et muselée par le pouvoir. Pour l'heure, seuls Abderrazak Makri, chef du Mouvement de la société pour la paix (MSP), principal parti islamiste, et le général à la retraite Ali Ghediri, pourfendeur du pouvoir, ont annoncé leur intention d'être candidat.

Quant à la société civile, selon Kader Abderrahim, elle a du mal à émerger, à cause de la corruption. "Cette corruption généralisée des élites, de la jeunesse algérienne et d’une grande partie de la population, a conduit l’Algérie dans l’impasse. Tout le monde a intégré l’idée que la seule solution possible pour obtenir l’alternance, ne peut venir que de l’intérieur du système".

 

Abdelaziz Bouteflika est celui qui a instauré la paix après la terrible guerre civile des années 1990. Les algériens, traumatisés par cette période sanglante avaient alors passé un pacte : le pouvoir leur était confisqué en échange d’un minimum de garanties sociales, que permettait l’exploitation des abondantes ressources gazières de l’Algérie. Abdelaziz Bouteflika a profité de la hausse du prix du pétrole entre 2004 et 2014 pour lancer de vastes programmes d'infrastructures et désendetter le pays.

Mais depuis, les cours du pétrole se sont effondrés, touchant durement l’économie du pays car celle-ci reste ultra-dépendante des hydrocarbures. "Abdelaziz Bouteflika n’a pas réussi à faire face aux véritables enjeux du moment : la mondialisation, la numérisation, les révolutions technologiques… Contrairement à l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ont un projet politique. Le Maroc a même pris une envergure continentale en se diversifiant. On a l’impression que l’Algérie est restée au quai de la gare en regardant passer les trains. Les algériens ont de quoi être inquiets pour leur avenir".

Résultat, un tiers des jeunes de moins de 25 ans est au chômage. Or, dans ce pays de 42 millions d’habitants, 45% ont moins de 25 ans.

Sur le plan géopolitique "l’Algérie est isolée", ajoute Kader Abderrahim. "La frontière avec le Maroc est fermée. Les frontières, avec le Niger, le Mali, la Libye avec qui elle partage 1000 km de frontière présentent des menaces. Il y a une instabilité chronique sur le plan sécuritaireL’Algérie doit donc faire face à des périls à la fois externes et internes, sur le plan social".

Le véritable enjeu pour la prochaine élection sera le taux de participation

Abdelaziz Bouteflika a promis, s'il est élu, de convoquer une "Conférence nationale" regroupant "toutes les forces politiques, économiques et sociales de la Nation".

Cette conférence sera chargée de faire émerger un "consensus sur les réformes et les changements" que devra engager l'Algérie. Parmi les thèmes qui seront abordés figurent "une présence plus forte des jeunes" au sein des institutions politiques, la volonté de "vaincre le fléau de la bureaucratie", la "mise en place de mécanismes de démocratie participative", ou encore des réformes économiques "sans dogmatisme".

Abdelaziz Bouteflika précise toutefois que c'est lui qui s'occupera de la concrétisation des conclusions de la conférence.

"Pas de doute qu’Abdelaziz Bouteflika sera réélu", analyse Kader Abderrahim. A chaque scrutin, il emporte plus de 80% des suffrages, renforçant les soupçons de fraudes. "Le véritable enjeu pour la prochaine élection sera le taux de participation".

Kader Abderrahim est l'auteur de "Géopolitique du Maroc", Ed. Bibliomonde, Paris 2018.

 

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