Pourquoi les médicaments sont-ils si chers?

Les prix des médicaments augmentent et sont trop chers. C’est une réalité, partout sur le continent, c’est admis au plus haut niveau européen. Comment l’expliquer ? Pour le PS, il ne fait aucun doute, c’est l’action du gouvernement qui est en cause, avec les économies réalisées sur la norme de croissance des dépenses de soins de santé (décidée en début de législature, elle passe de 3% à 1,5%). Le MR se défend en insistant sur la baisse de plus de 1300 médicaments depuis 2016.

 

L’INAMI a consacré 4,32 milliards au remboursement de médicaments en 2017. Dont 596 millions pour des anticancéreux innovants. C’est 450 millions de plus qu’en 2007, selon les calculs du magazine santé de Test-Achats de février-mars 2019. Les prévisions de Vlerick, l’école de commerce flamande, concernant les médicaments anticancéreux montrent que la facture annuelle va dépasser le milliard à l’horizon 2020. C’est ce poste qui va peser le plus dans les années à venir, c’est ce poste qui est déterminant pour l’avenir.

Comment le prix des médicaments est-il déterminé ?

La fixation des prix est une compétence nationale des Etats européens, comme l’explique ce document du Parlement européen. En Belgique, une « Commission des prix des spécialités pharmaceutiques » est chargée de négocier avec les entreprises « pharma ». Les firmes peuvent demander à l’INAMI que le médicament soit remboursé. Au final, le prix maximum est décidé par le ministre de l’Economie. Ces négociations ne sont pas publiques.

Un médicament mis sur le marché obtient 10 ans d’exclusivité commerciale et 10 ans de plus de brevet supplémentaire. Ce qui signifie qu’il est impossible de créer un médicament générique durant ce laps de temps. On peut parler d’une situation de monopole.

Ajoutons un dernier élément : la TVA. Sur les médicaments, elle est de 6% en Belgique, comme aux Pays-Bas. La France est à 2,1%, 4 autres pays de l’Union européenne sont à 0%, comme on peut le voir sur ce document de la Commission européenne.

Conclusion

Le secteur pharmaceutique en Belgique représente 3,5 milliards de « Recherche et Développement » en 2017, plus de 36.000 emplois et 40 milliards en matière d’exportations selon les données du lobby. C’est un secteur qui pèse très lourd chez nous et, face à lui, les Etats, et la Belgique en particulier, ne font pas le poids lors des négociations concernant la fixation des prix. Raison pour laquelle l’une des réponses européennes à l’augmentation des prix, c’est une alliance d’Etats.

Ainsi les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique se sont alliés à l’Autriche pour former BeNeLuxA, une coalition d’Etats à même de mieux négocier face aux géants du monde pharmaceutique. L’initiative a vu, à l’été 2018, l’Irlande se joindre à elle. A voir si les prix pourront baisser, dans un futur proche…

 

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