Depuis les premiers exécutifs wallons il y a déjà 40 ans, notre Région s’est toujours dotée d’un ministre l’Agriculture et/ou la Ruralité. Cela lui a permis de développer des politiques publiques spécifiques, entre aménagement du territoire, environnement et développement économique.

En revanche, il n’y a à ce jour jamais eu de véritable "politique de la Ville et des zones urbaines" consacrée à ces zones denses d’habitants, d’industries, de services et de fonctions, et évidemment pas de ministre pour la mettre en œuvre ! Or ces zones denses concentrent plus de la moitié de la population wallonne (54%, chiffres IWEPS) et la tutelle sur les ex-Grandes Villes (dite PFGV, Plan Fédéral pour les Grandes Villes) a été régionalisée lors de la 6e réforme de l’Etat, sans que les deux exécutifs de la dernière législature s’en saisissent : plus de 5 ans de perdus ! Quand les grandes agglomérations s’enrhument, c’est tout le territoire autour qui tousse : investir dans les agglomérations profite aux centres et aux communes qui les entourent.

L’immobilisme historique, pour ne pas dire la négation pure et simple du fait urbain wallon, est très pénalisant et doit cesser sans plus attendre. Un nouvel accord de gouvernement régional se négocie en ce moment même et il serait inconcevable que cette dernière fasse l’impasse sur une véritable politique de la Ville et des zones urbaines, d’un.e ministre en ayant la responsabilité et de moyens d’action significatifs.

La réalité territoriale

Les zones urbaines wallonnes concernent peu ou prou 30 à 90 communes (sur 262), près de 2 millions de personnes sur une trajectoire ouest-est avec trois agglomérations hennuyères (dans l’ordre Charleroi, Mons, Tournai), une namuroise (Namur) et deux liégeoises (Liège et Verviers), en plus des effets de débordements de Bruxelles sur le Brabant wallon. Deux sont des métropoles : Charleroi et Liège ; les quatre autres sont des agglomérations significatives.

Priorités : logement, mobilité, social

Les pôles urbains sont liés à de l’habitat historique, à des industries aujourd’hui disparues et à une densité forte, urbanisée en "deux façades". Les communes concernées souffrent particulièrement d’un territoire morcelé (hérité d’une fusion des communes pas toujours réussie), d’une concentration de difficultés (chômage, pauvreté), d’une politique d’aménagement du territoire qui a encouragé la rurbanisation en défigurant les campagnes et d’une absence de moyens criante… c’est-à-dire d’une absence de politique urbaine digne de ce nom. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait : notre région va mal depuis que ces centres urbains périclitent, et l’heure est aux soins intensifs les concernant.

Or un ensemble dense, en termes de politique publique, c’est la fameuse "case compte triple" du Scrabble, c’est là que les investissements sont les plus rentables, avec des effets multiplicateurs nets et immédiats ! Par exemple investir dans du logement urbain c’est tout à la fois préserver des campagnes verdoyantes, remplir les bus intra-muros, s’éviter des embouteillages de navetteurs matin et soir (écoles, industries, bureaux), soutenir le commerce local, lutter contre la paupérisation, épargner de l’argent public (égouttage, eau et gaz meilleur marché à l’installation et à l’entretien), lutter contre le réchauffement climatique avec des habitations économes et thermo-efficaces… La question est : tant qu’à (devoir) construire 1 mètre carré de béton, doit-il trouver place dans un champ, ou dans un chancre ?

Dura Lex Sed Lex

Pour le coup, nos villes et communes souffrent d’un vide législatif béant : par comparaison, les premières lois françaises sur les communautés urbaines datent de… 1966 (et concernent aussi les communautés de communes ou de territoire, pour les zones rurales). Ce sont elles qui permettent aux agglomérations et métropoles tricolores de se doter d’infrastructures adaptées et structurantes (trams, BHNS, logement public), et financent correctement les effets de centralités.

Des législations de ce type existent peu ou prou dans tous les pays d’Europe, mais la Belgique doit se débrouiller avec la Loi fédérale dite "d’agglomération" de 1971, tombée en désuétude très rapidement et dont seules Anvers s’est saisi (Bruxelles s’étant muée en région à part entière, Gand et Charleroi ayant quant à elles réussi leur fusion de 1976, il y a plus de 40 ans…).

Qu’il doive s’agir d’une législation spécifique adaptée, d’un nouveau round de fusion des communes, d’un redécoupage de compétences entre communes, intercommunales ou provinces, il faut d’urgence changer de modèle de pilotage et de financement, si possible en simplifiant le mille-feuille.

Just do it

Aujourd’hui les communes urbaines s’étranglent et les communes rurales sont saccagées par l’urbanisation en ruban. La Région veut combattre l’étalement urbain, avec sa loi de stop au béton, après des décennies d’urbanisation incontrôlée qui a ruiné la typicité de bien des villages et dévoré des terres agricoles pourtant essentielles, avec en conséquence un développement (auto) routier incontrôlable et très coûteux. Mais pour y arriver, elle ne pourra faire l’économie d’une vision et d’une politique spécifiquement urbaine. Il y aurait plusieurs grands gagnants potentiels à cette opération : dynamisme local, finances publiques, qualité de vie et enfin environnement.

La Wallonie a longtemps souffert du saupoudrage : se doter de politiques urbaines c’est au contraire concentrer des moyens en misant sur leurs effets multiplicateur et vertueux déjà expliqués. Ainsi restructurées, chaque agglomération pourrait retrouver son rôle premier, cœur de logement et poumon économique. Cette embellie profiterait à tous les territoires concernés (villes assainies, campagnes préservées), à la population locale (qualité de vie, mobilité pour tous) et aussi aux finances publiques (investissements plus vite rentabilisés, coûts d’entretien moindre, développement économique).

Une politique urbaine et le ministre qui va avec, tous les Wallons ont à y gagner !

 

Quentin le Bussy, 39 ans, est indépendant, chef d’entreprise, conseiller communal Ecolo à Liège et se présente comme "militant urbain".

 Quentin le Bussy,rtbf.be

Greta Thunberg est partout !

Faut-il écouter notre dernier phénomène médiatique, la célèbre adolescente suédoise qui milite contre le réchauffement climatique ?

Bien sûr, avec à la fois attention et précaution. Greta ou les inspirateurs de ses discours s’appuient beaucoup sur la science, les scientifiques, le GIEC - Groupe International sur l’Evolution du Climat / International Panel on Climate Change (IPCC) - et d’autres sources raisonnablement sérieuses. Ce qu’elle nous dit sur l’état de la planète ou du climat est assez peu controversé. Son effort de sensibilisation est, pour le moins, le bienvenu.

Un discours à certes nuancer

Pourquoi y appliquer le principe de précaution alors ? Justement parce que Greta elle-même applique ce fameux principe de manière un peu sélective, quelque peu naïve et parfois même inefficace.

Accusée par certains de diaboliser le nucléaire, force est de constater qu’elle tombe, de bonne ou de moins bonne foi, dans le piège habituel de l’idéologie écologiste, qui n’arrive pas à renoncer à ses racines anticapitalistes : l’exemple frappant est l’omission totale, et même des recommandations dans le sens opposé, d’une des conclusions pourtant claires du GIEC, à savoir que l’on devra conserver sinon augmenter la part du nucléaire dans le mix énergétique pour encore quelques décennies si on veut effectivement des trajectoires réduisant l’empreinte carbone (et donc une petite chance de tenir 1,5 ou 2 degrés).

C’est très mal vu de le dire, mais c’est un fait, et c’est le GIEC qui le dit : les politiques allemande, belge ou même peut-être française sous peu de fermeture de centrales sont néfastes au climat. Le remplacement par du renouvelable intermittent demande obligatoirement du fossile et donc du CO2 pour pallier l’intermittence, sauf à entreprendre des investissements massifs et peu réalistes dans des renforcements des réseaux (lignes à haute tension) ou du stockage (barrages / stations de transfert d’énergie par pompage STEP) à peine plus populaires et plus favorables à l’environnement que le nucléaire lui-même.  

De manière plus générale, et toujours avec un fond d’anticapitalisme un peu primaire, Greta nous suggère un tableau évidemment insoutenable de "croissance infinie dans un monde fini", dont nous serions "coupables" (nous les vieux occidentaux capitalistes et colonialistes) et qu’il faudrait évidemment combattre. Elle aurait raison si ce tableau correspondait à la réalité mais ce n’est pas le cas, et c’est là que les précautions s’imposent quant aux recommandations résultantes, car nos ressources sont évidemment limitées et nous devons les investir là où c’est à la fois efficace et réaliste.

Coller davantage à la réalité

Pourquoi la litanie de  "croissance infinie dans un monde fini" ne correspond-elle pas à la réalité ?

Croissance infinie : en Europe occidentale et au Japon, la croissance est terminée depuis longtemps (très longtemps au Japon). Ceci vaut tant pour la croissance économique que démographique. Le reste du monde plafonnera aussi, dans les deux domaines, dans les prochaines décennies. Il est important de constater à la fois que l’on se dirige vers une croissance au mieux molle généralisée, mais que l’on ne pourra pas empêcher ceux qui ne sont pas encore à notre niveau d’y aspirer et donc de continuer à croître tant que l’écart n’est pas résorbé. On ne les en empêchera pas ni moralement ni autrement. Une des conséquences est qu’il est peu réaliste de leur parler de décroissance ou même de sobriété pour l’instant, et c’est déjà difficile chez nous, comme l’ont aussi montré les fameux gilets jaunes.

Monde fini : évidemment la planète a ses limites, et on n’exploitera pas le reste de l’univers avant très longtemps. Cependant, à notre échelle, cette planète n’est pas aussi finie qu’elle en a l’air : nous n’en avons exploité qu’une fraction infime et il reste des marges considérables tant en volume (profondeurs, océans) qu’en technologies. A nous d’utiliser ces marges intelligemment, le gaz de schiste étant un contre-exemple frappant et on l’espère très temporaire. D’autres ruptures technologiques, dé-carbonées celles-ci, sont, on l’espère, à notre portée (au sens de la technologie mais aussi de la compétitivité, essentielle à leur adoption) dans les quelques décennies nécessaires à la croissance mondiale pour plafonner. Citons ici les espoirs de batteries plus légères et plus recyclables, les piles à combustible et l’hydrogène, les énergies tirées directement de la houle ou des marées, des progrès sur la géothermie, la fusion nucléaire, et bien d’autres.

Restons donc optimistes, et écoutons Greta avec attention et précaution. En parallèle, si son message apparaît alarmiste voire catastrophique, il ne doit pas décourager notamment l’Europe de rattraper son retard technologique et de se diriger vers un monde réellement plus respectueux de son environnement.

Stéphanie Heng, politologue et experte en communication

Alban de la Soudière, polytechnicien et fonctionnaire international

Stéphanie Heng est une politologue et experte en communication. Elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Strasbourg, du Collège d’Europe et d’un MBA de la Solvay Brussels School of Economics and Management (Bruxelles). Elle exerce, depuis une dizaine d'années, des fonctions de cadre de direction chargée des stratégies de communication d’entreprises internationales actives dans différents secteurs (finance, armement, chimie, etc.). Elle s'est présentée sur la liste DéFI du Brabant wallon pour la Chambre aux dernières élections fédérales.

Alban de la Soudière mène une carrière internationale, du ministère de la Défense français à l'OTAN. Il est actuellement fonctionnaire international dans une agence de l'OTAN. Il est un ancien membre du Think thank "Europe et Défense", un club dé géopolitique basé à Bruxelles. Il est chevalier de la Légion d'Honneur en France, également décoré par la France et l'OTAN pour participation à des opérations extérieures (Kosovo, Afghanistan).

Stéphanie Heng et Alban de la Soudière,rtbf.be

La N-VA a réagi vivement à l’information selon laquelle le PS refuserait toute discussion avec elle au niveau fédéral. Les ponts semblent donc définitivement coupés entre les socialistes francophones et les nationalistes flamands au point que le chroniqueur politique de la VRT Ivan De Vadder s’interroge sur une éventuelle fin de mission des informateurs Johan Vande Lanotte et Didier Reynders (MR).

Ce texte est une opinion de Mehdi kassou, porte-parole de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, qu'il a d'abord fait paraître sur le réseau social Facebook.

"Ik zweer de Grondwet na te leven" (je jure d'observer la constitution).

Ces mots ont été prononcés ce jeudi par "l'homme" sur cette photo.

Les doigts assassins posés sur cette arme de guerre sont les mêmes qui lui ont servi à prêter serment devant le parlement fédéral.

Cet homme, inculpé pour racisme et négationnisme, libéré sous conditions, dont celle de se visiter la caserne Dossin (Mémorial et centre de documentation sur l’Holocauste) s'est empressé de répondre sans vergogne : “ça tombe bien, j’aime bien visiter les musées”, méprisant notre justice, insultant la mémoire des victimes du fascisme et confirmant impudemment son idéologie nauséabonde.

Dans la foulée et comme pour renforcer l'idée que notre démocratie poreuse aux idées d'extrême-droite est dangereusement menacée, Francken et son parti se sont hâtés de rappeler qu'ils "avaient toujours été contre le cordon sanitaire" et ont remis sur la table, non sans-gêne en cette journée mondiale des réfugiés, la proposition de loi dite des "visites domiciliaires".

Bien qu'il s'agisse probablement d'une vil tentative opportuniste d'exister médiatiquement afin de se (re)positionner à l'extrême-droite et rassurer ainsi l'électorat flamand sur les projets que la NVA mènerait au gouvernement fédéral sans le Vlaams Belang, dont on peut avoir la certitude qu'il ne participera à aucune majorité, cette attitude infecte (et dont on connaît les risques de propagation) devrait pousser l'ensemble des partis démocratiques, de gauche et de droite, à tout faire pour écarter des négociations ce trait d'union avec avec l'extrême-droite qu'est la NVA.

Face à la menace pour notre démocratie et nos droits fondamentaux que représentent ces deux partis, l'idée d'un gouvernement d'union nationale devrait être plus qu'envisagée.

À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle.

Je vous le dis en toute sincérité. J'ai peur. 

Mehdi kassou, porte-parole de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés

Ce texte est une carte blanche rédigée à Schaerbeek le 4 mai 2019 par Christian Delstanches, directeur honoraire de l’école n°1, Marc Guiot, directeur honoraire de l’enseignement de promotion sociale communal, Alain Marchal, directeur honoraire de l’Institut Frans Fischer, Georges Verzin, conseiller communal MR, ancien échevin de l’Instruction Publique et Claude Wachtelaer, ancien inspecteur coordinateur de l’enseignement communal.

Dans son domaine, chacun des signataires connaît bien l’école communale n°1 de Schaerbeek, et plus largement, le groupe scolaire « La Ruche – Josaphat » qui abrite aussi l’Institut technique Frans Fischer, depuis plus de 40 ans. Tous les cinq, nous avons œuvré, avec de nombreux autres, à faire de ce groupe scolaire un modèle. Et nous étions, et sommes toujours fiers, que le réalisateur Roger Beeckmans y ait passé une année entière pour tourner son film « Une leçon de tolérance ». Aujourd’hui, après les événements qui ont commencé le 25 avril et que les médias ont largement relayés, nous sommes partagés entre des sentiments divers qui vont de la colère à la tristesse en passant par le découragement.

Le 25 avril, des parents récupèrent leur petite fille à la sortie de l’école. De retour à la maison, la maman constate que la petite a des traces de sang dans sa culotte. Elle soupçonne quelque chose d’anormal et retourne à l’école. Immédiatement, l’école réagit d’une manière que nous n’hésitons pas à qualifier de parfaitement professionnelle : recours à l’infirmière scolaire, information à l’échevinat, réorientation vers l’hôpital le plus proche.

Les écoles sont régulièrement confrontées à des situations délicates. Elles sont conscientes de la fragilité des enfants confiés à leur garde, elles font de leur mieux pour assurer les meilleurs contacts possible avec les familles, surtout quand elles sont implantées dans des quartiers où les populations fragilisées sont présentes en majorité.

Face à ces difficultés, les écoles communales de Schaerbeek peuvent compter sur des appuis au niveau de l’administration communale, mais aussi des PMS et des services de promotion de la santé à l’école.

Et pourtant, dès le jeudi soir, soit quelques heures après les faits, tout dérape. La rumeur se propage à une vitesse fulgurante. Il y a suspicion de viol, voire viol tout simplement.

Malgré la prise en charge de l’enfant par le service spécialisé de l’hôpital Saint-Pierre, malgré la plainte déposée par les parents avec les encouragements des autorités communales, la rumeur continue d’enfler. Un pédophile agirait dans l’école, menaçant la totalité des enfants et il faut donc fermer celle-ci. L’ensemble des détenteurs de l’autorité (direction, bourgmestre, échevin, médecins, police, justice) formerait une alliance pour cacher la Vérité (qui est, forcément, que la petite a été violée par « un méchant monsieur »).

Dès ce moment, l’irrationnel prend le dessus. Il s’enflammera lors de la manifestation du lundi 29 et culminera lors de la mini-émeute du mardi 30. Ce jour-là, une foule excitée criera « école pédophile » et des dames, d’âge mûr et d’apparence respectable, jetteront des projectiles sur des policiers qui protègent l’école.

Ce groupe scolaire, nous y avons travaillé, nous y avons mené des projets avec de nombreux partenaires. Nous y avons toujours défendu des principes humanistes. Lors de l’inauguration de ce bijou « Art nouveau » en 1907, un échevin avait déclaré : « les écoles sont les palais du peuple, on ne peut les faire ni assez grandes, ni assez belles ». C’était notre conviction quand nous étions en fonction, ça l’est encore aujourd’hui, malgré les dégâts causés par cette triste affaire.

La bêtise au front de taureau a tout ravagé. On a pensé qu’un pédophile rôdait dans les couloirs d’une école dont le personnel est essentiellement féminin. On a avancé l’idée que la petite aurait été abusée après « avoir été déshabillée par un méchant monsieur », sans s’étonner que personne dans le personnel ne remarque rien. On a dit que l’école et les autorités communales, qui ont réagi quasiment dans l’heure, voulaient cacher la vérité. On a crié que si « c’était une enfant blanche, ça se passerait autrement », qu’« en Turquie, on n’aurait mis qu’un jour pour trouver les coupables », on a hurlé « où sont les conseillers communaux musulmans, où sont les conseillers communaux turcs (?) » devant une école pour laquelle, depuis trente ans le « vivre ensemble » a toujours été au cœur de projets pédagogiques.

Quelle tristesse pour nous face à ces dizaines de personnes déchaînées. Mais quelle colère aussi face aux chacals qui ont profité de ce triste fait divers pour l’exploiter politiquement. Nous accusons ces quelques conseillers communaux qui ont encouragé les réactions émotionnelles, qui ont contribué à propager des rumeurs ou des fantasmes ou qui n’ont rien fait pour les démentir ni pour calmer les esprits. Ces racistes aussi, qui ont profité des tribunes offertes par les forums des médias pour déverser leur fiel. Ces bonnes âmes, enfin, qui trouvent qu’il y a aussi des désordres lors de matchs de foot (sans voir que gueuler dans un stade, ce n’est pas tout à fait la même chose que casser les vitres d’une école) ou qui excusent des débordements inadmissibles parce que les manifestants feraient partie de ces nouveaux prolétaires que sont les habitants issus de l’immigration (en oubliant que certains de ces habitants issus de l’immigration sont belges et parfois échevins ou conseillers communaux).

Quelle tristesse aussi de constater que ce vendredi, si les parents admettent enfin que leurs soupçons étaient totalement infondés et s’ils appellent au calme, ils n’ont, pas plus que leur avocat, eu le moindre mot d’excuse pour l’équipe éducative de l’école 1, ni pour celle de l’institut Frans Fischer qui cohabite dans le groupe scolaire. Ces deux équipes doivent reprendre leur travail lundi et reprendre leur mission, qui est celle de l’école, accueillir sans distinction d’origine, de religion, de sexe, les élèves qui leur sont confiés et en faire des citoyens responsables. Ce travail ne peut se faire que dans la sérénité et nous avons honte pour tous ceux qui ont, pour des motifs inavouables, perturbé une des tâches les plus nobles qui soient : éduquer la jeunesse. Nous adressons notre soutien inconditionnel à toute l’équipe éducative du Groupe scolaire « Ecole 1 – La Ruche ».

Christian DELSTANCHES, Directeur honoraire de l’école n°1

Marc Guiot, Directeur honoraire de l’enseignement de promotion sociale communal

Alain MARCHAL, Directeur honoraire de l’Institut Frans FISCHER,

Georges VERZIN, Conseiller communal MR, ancien échevin de l’Instruction Publique

Claude WACHTELAER, Ancien Inspecteur coordinateur de l’enseignement communa

Quel bilan « Justice » pour la législature sortante ? Et quelles sont les attentes et recommandations du secteur pour les politiques à venir ? C’est ce dont Eddy Caekelberghs discute avec Marie Messiaen, la présidente de l’Association syndicale des magistrats, et Jean-Pierre Buyle, le président de l’Ordre des barreaux francophone et germanophone de Belgique.
Le bilan de la législature

En ce qui concerne le volet de la justice, Jean-Pierre Buyle parle d’une période interpellante et complexe. « On a eu un ministre de la justice extrêmement actif, qui est venu avec beaucoup d’idées. » Il veut donc être juste, et équilibré. « Il y a eu de très bonnes choses, il y en a eu aussi des moins bonnes. Je pense qu’il y a eu une vraie vision, on a un ministre de la Justice qui s’inscrira dans l’histoire, qui a modernisé la justice, comme avec le droit des sociétés, la réforme des droits des successions, etc. Par contre, au niveau du Code pénal, l’instruction criminelle : les textes sont là, mais ils ne sont pas aboutis. » Certaines autres mesures positives, comme l’accès à la justice pour les pro deo, font partie des bons points du gouvernement sortant que Jean-Pierre Buyle tient à souligner. Mais, à côté de cela, il souligne de gros soucis. « La justice est le mal aimé des derniers gouvernements, et particulièrement de celui-ci. Les chiffres sont tous au rouge : il y a une insuffisance de personnel qui est flagrante, avec des justiciables qui ne sont pas jugés, des problèmes de droit familial, de garde des enfants, ... Est-ce que c’est anormal ? Oui ! » Ces situations sont d’ailleurs symptomatiques d’un problème de budget, notamment. « La justice n’est pas le troisième pouvoir, elle est un des trois pouvoirs ! Ce qui a manqué dans ce gouvernement, c’est la considération du pouvoir judiciaire en tant qu’homologue, un équivalent, et pas comme un service du ministère de la justice auquel on applique une austérité budgétaire. »

 Des revendications pour demain

Avant tout, Jean-Pierre Buyle réclame du respect à l’égard du pouvoir judiciaire. Ensuite, une revendication budgétaire est avancée. « Il faut qu’on s’aligne avec les États membres de l’Union européenne. La moyenne des états consacrent 2% de leur PIB à la justice. En Belgique, on est entre 0,3 et 0,5% ! Voilà où on se trouve. » De son côté, Marie Messiaen, la présidente de l’Association syndicale des magistrats, étend la notion de respect aux justiciables. « Le justiciable a le droit, en tant que contribuable, d’être reçu d’une façon digne. On parle des bâtiments, de délai de traitement, au niveau de l’arriéré, ... Tout ça crée un sentiment très dangereux d’amertume, d’aigreur vis-à-vis de la justice. »

 Tout à la prison?

Les exécutifs se succèdent, mais rien ne change sur la politique carcérale, malgré les demandes répétitives des acteurs de terrain de trouver des solutions alternatives au « tout à la prison », comme le souligne Marie Messiaen. Cependant, Jean-Pierre Buyle souligne que le gouvernement Michel a fait « un tout petit effort » sur cette question. « Le nombre de détenus entre la prise de fonction du dernier gouvernement et aujourd’hui a légèrement diminué, mais moins qu’il n’en conviendrait : on enferme toujours trois personnes sur 9 mètres carrés pendant 23 heures sur 24. La surpopulation est intolérable, la manière dont on traite les prisonniers est inacceptable. La Belgique est dans le peloton de tête où il y a le plus de prisonniers par habitant, d’une part, mais surtout le plus de prisonniers en détention préventive, c’est-à-dire des personnes qui n’ont pas encore été condamnées. » Et puis il rappelle que des mesures sont à prendre pour la réinsertion, le quotidien, l’accompagnement des prisonniers. Notons qu’aujourd’hui, une mort sur trois en prison est un suicide…

Lucie Hermant, RTBF

 

Sur sa carte de visite, il est écrit « Public Affairs Manager ». « Il n’est jamais explicitement écrit 'lobbyiste', explique Benoît Vivier, c’est trop connoté. » Dans son bureau situé dans le quartier Louise, à Bruxelles, Benoît commence tranquillement sa journée par un café. « Cette période est assez calme pour les lobbyistes. Avec les élections européennes qui approchent, il n’y a plus de travail législatif en cours. »

A 27 ans, Benoît travaille pour l’EENA, une association qui vise à améliorer le travail des services d’urgences, via le numéro 112. « Le lobbying ne concerne pas seulement les grosses industries comme le tabac, explique Benoît, il y a aussi des ONG, des associations comme la nôtre qui œuvrent pour l’intérêt général et apportent des informations aux députés chargés de faire la législation. C’est une sorte de lobby citoyen. »

Incroyable de voir l’impact qu’on peut avoir

Récemment, le travail de Benoît a par exemple permis d’améliorer la localisation des appels d’urgence. « Dans la plupart des pays européens, un appel d’urgence est localisé dans un rayon de 2km. Ça représente une surface énorme qui ne permet pas de secourir assez rapidement les personnes qui ne sont pas en état d'indiquer le lieu précis où elles se trouvent ou l'ignorent, explique-t-il. J’ai poussé pour qu’on se base sur la géolocalisation des smartphones – beaucoup plus précise – et c’est passé dans la législation européenne. »

« Après des heures de travail là-dessus, relate-t-il, j’ai un jour reçu un mail me signalant qu’une vie avait été sauvée grâce à ce nouveau système. C’est incroyable de voir l’impact qu’on peut avoir. »

Avoir un impact sur la société en évitant d’être en première ligne, c’est justement la raison pour laquelle ce diplômé en affaires européennes s’est tourné vers le lobbying. « En tant que citoyens, nous avons tous le désir de changer les choses. Mais on n’a pas forcément tous envie de s’engager de manière frontale en politique », explique Benoît.

Démocratique ?

L’influence de ces lobbyistes peut cependant poser question. Ceux-ci n’étant pas élus, ce fonctionnement est-il vraiment démocratique ? Oui, selon Benoît. « Les lobbies sont essentiels au bon fonctionnement démocratique, assure-t-il. Quand les politiques réfléchissent aux nouvelles législations, il est important que tous les intérêts soient représentés dans la prise de décision. C’est ensuite à eux de se nourrir des informations qu’on leur apporte et de choisir en leur âme et conscience. »

Benoît admet cependant qu’il « peut y avoir des abus. D’autant que certains lobbies fonctionnent de façon sournoise. Des industriels ont par exemple créé de 'fausses' associations pour tenter de détourner l’attention et freiner certaines avancées. La transparence est donc essentielle. On doit savoir quels lobbies travaillent avec quels budgets. »

On ne solutionne pas tous les problèmes avec des lois

Aspect moins connu du travail du lobbyiste : les relations avec les compagnies privées et tout particulièrement les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple). « Ces acteurs transnationaux non-étatiques sont devenus tellement puissants qu’on ne peut pas fonctionner sans eux », explique Benoît.

« Pour défendre notre cause – la meilleure location des appels d’urgence - on a eu des contacts avec Google, qui s’est montré très ouvert, précise-t-il. L’avantage de cette option, c’est l’immédiateté. Ça va beaucoup plus vite et c’est directement appliqué à tous les utilisateurs de Google. Si on doit toujours attendre une solution législative pour résoudre tous les problèmes, ça peut prendre 3-4-5 ans. On ne solutionne pas tous les problèmes avec des lois. »

On a l'Europe qu'on choisit

Le 26 mai prochain, Benoît vivra ses premières élections européennes en tant que lobbyiste. « On sait que 60 à 70% des députés européens vont changer. On se prépare déjà à ce renouvellement », explique-t-il. Il appréhende beaucoup les résultats et craint d’assister à une nouvelle montée de l’extrême droite. 

« Nous élisons des députés qui nous représentent, votent des lois, changent des choses », dit-il, insistant sur l’importance du vote. Et conclut : « On a l’Europe qu’on choisit. »

Député européen sans discontinuer depuis 1984, Gérard Deprez ne rempilera pas aux élections européennes le 26 mai prochain, pas plus qu’il ne se présentera aux législatives et régionales belges. Vague populiste, Brexit, Suédoise bis, à quelques jours de sa Der des Ders, Gérard Deprez a donné son opinion sur les ondes de La Première mardi matin.

A l’heure actuelle, on remarque, partout en Europe, une montée du populisme et des eurosceptiques. « Il y a un sérieux avertissement dans pratiquement tous les pays de l’UE. Il y a des gens qui expriment leur mécontentement par rapport à la manière dont l’Europe fonctionne. Elle est opaque et bureaucratique même si elle fait beaucoup de choses positives », explique-t-il. Mais il n’est pas inquiet. « Quant à dire qu’il y aura un déferlement populiste, je n’y crois pas. D’après les sondages on prévoit entre 140 et 150 députés eurosceptiques. »

« Des pays mal à l’aise avec eux-mêmes »

Mais il insiste, il faut prendre, malgré tout, cet avertissement au sérieux. « Si on ne change rien au niveau européen cette vague qui commence peut prendre de l’élan et être plus importante. »

Selon lui, le problème est que ces différents pays sont mal à l’aise avec eux-mêmes. « La Hongrie cherche son identité, l’Italie ne va pas bien et se donne un dirigeant populiste qui va la conduire à l’impasse. Dans chacun des pays il se passe quelque chose de préoccupant. »

A la veille d’un Sommet extraordinaire sur le Brexit, le Royaume-Uni est toujours dans l’impasse. Mais faut-il leur laisser un nouveau délai ? « Je pense qu’on peut leur laisser un nouveau délai, mais qu’il y a une date limite à ne pas dépasser : c’est le 30 juin. Car le 2 juillet on installe le nouveau Parlement européen, on entre dans une nouvelle période, une nouvelle Commission européenne va être installée, on va devoir se prononcer sur les moyens financiers de l’UE pour 7 ans. Donc, la clarté doit être intervenue pour le 30 juin au plus tard. »

On apprenait en outre lundi que le Royaume-Uni a fixé des élections européennes le 23 mai, tout en assurant espérer ne pas avoir à les organiser. « Ce sont les Britanniques qui vont se retrouver dans une situation ridicule. Si jamais il y a des élections et qu’ils doivent quitter l’UE le 30 juin, ils auront fait des élections pour du beurre. »

Une situation surréaliste, « une tragédie grecque ». « Ce sont les Britanniques qui l’ont choisi. Ils disent: "Nous voulons un accord avec les pays européens pour une sortie, mais nous ne parvenons pas à nous mettre d’accord entre nous sur le type d’accord que nous voulons". »

Une Suédoise bis?

Gérard Deprez ne rempilera donc pas aux prochaines élections fédérales et régionales, pour lesquelles les partis dessinent petit à petit leurs stratégies et expriment leurs désirs de coalition. Coté MR, on a le sentiment que le parti est prêt à repartir pour une Suédoise bis. « Le MR fait campagne, exprime ses idées. La chose qui me frappe toujours, c’est que coté francophone, on indique le type de coalition que l’on veut. Mais il y a aussi les Flamands qui votent. Les Flamands sont plus nombreux et plus riches. Donc avant de savoir quel type de coalition on pourra faire, je voudrais voir quel sera le vote des Flamands. »

Il poursuit : « On a accusé le MR d’entrer dans ce gouvernement avec la N-VA, mais si elle était indispensable dans ce gouvernement, ce n’est pas parce que le MR l’a choisie, c’est parce que le CD&V a dit: "Nous n’irons pas dans un gouvernement sans la N-VA, premier parti flamand et de Belgique. Donc si la N-VA est demain le premier parti flamand et de Belgique, il faudra voir s’il est possible de faire sans. Et si ce n’est pas possible, il faudra faire avec".»

Gérard Deprez ne dit donc pas qu’ils ne repartent pas avec la N-VA, mais « qu’on ne pourra peut-être pas faire sans ». Ce qu’il affirme par contre, c’est son souhait que « M. Francken ne soit pas dans l’équipe gouvernementale. » Le député avait lancé un coup de gueule contre Theo Francken sur l’affaire des ressortissants soudanais rapatriés.

Récemment, Alain Destexhe a quitté le parti et a créé sa propre liste. « Il y a quelques petits événements regrettables. Mais dire que c’est à cause de l’alliance avec la N-VA, je ne pense pas. M. Destexhe est parti car il est en désaccord avec la politique d’immigration et d’asile menée par le gouvernement, indépendamment des déclarations de M. Francken que je condamne. »

« Quand vous lisez le programme du MR et écoutez ce que dit le premier, il dit quoi ? Créer de l’emploi. C’est un message fondamental. Sur la politique d’asile et d’immigration, il dit fermeté et humanisme. Sur le plan financier, il dit rigueur mais en tenant compte du fait que nous avons besoin de financer des investissements. »

Une ligne parfois remise en cause en interne. Hervé Hasquin notamment. « J’ai entendu M. Hasquin faire des règlements de compte personnels, ce que j’ai regretté. »

RTBF